Cher F.,

Il y a ce vent qui va m’endormir. Il monte, oui, je le sens, il susurre des mots, des sons. Il se montre, se fait sentir à ma fenêtre. Ce soir, il sera comme ta caresse. Je parie même qu’il sera plus généreux. Dommage que tu t’endormes si bien, si vite. Et moi qui veille, ton bras autour de moi, ton corps pour enveloppe, pour matelas, et moi qui veille donc, et qui ne trouve jamais le sommeil dans l’instantané du coucher. Pourquoi ?

Je t’ai appelé aujourd’hui. Tu n’étais pas bien réveillé. Je dirais même que tu n’étais pas bien vivant, la voix à peine en flottaison. Une forme de passivité teintée d’une lassitude oisive et vaseuse résonnait dans le combiné.

J’ai envie que tu m’allumes pour prendre feu. Fais de Rimbeau – sobriquet que tu m’as offert la dernière fois, dont je fais le dérivé ici pour éviter tout fâcheux plagiat – fais de moi ta flamboyante, ta candide charmeuse, charmante, ton allumeuse. Rends-moi folle de ta chair, travaille-la toujours, qu’elle reste onctueuse, moelleuse sous mes doigts bouillonnant, écarlates. Transforme mon corps en braises. Je renaîtrai quand même.

Loin, Rimbeau rêve de toi. Éveillée, en plein air, à pleins poumons, sans œillères. Je suis un cheval fou devant son étalon. Je suis l’oxygène à l’état pur. Sois mon briquet. « Émanations, explosions.« 

Deviens l’inoubliable à mes yeux et à mes membres, deviens l’encre indélébile sur mon armure et sur ma page, deviens le privilège que je n’aurai jamais eu d’être ton chat, ta chevalière, ton papillon, ton ogresse, ta déesse, ton ange, ton âme secrète, ta rebelle, ton Rimbaud immortel.

Dans cette chambrée, je suis ton génie de minuit ! Les draps sont frais comme l’air, le sommeil me monte à la tête, mais il n’arrive jamais au bon moment. Peux-tu le croire ? C’est à peine si je t’ai écrit. Est-ce que tu m’écriras demain ? Oui, je le veux.

À plus tard,
Je t’aime,

f.

4 réflexions sur “Le sommeil (V)

  1. L’étalon se mesure
    De femmes voilées
    En grandes duchesses volages
    Ambassadrice aux moeurs légères..
    Bonne position à tenir
    Comme sur mon luth sans frette
    Têtes hautes!
    Touché unique et membre raide..
    Les corps se relâchent
    Tant la pulsion violente!
    Étreintes sauvages
    Retrouver ton jardin aux sculptures baroques.

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