tu sais je pressens que nous manquerons bientôt d’air par le feu ou par l’eau aussi tant qu’il me reste de l’oxygène tant que j’ai le sang pourvu de poussières en constellation je veux user du verbe en le tenant ferme l’user jusqu’à la corde avec laquelle je pourrais m’étrangler avant de suffoquer ne plus être irriguée de plasma d’hydrogène avant la traversée du désert de mots je veux user ce verbe éclatant lumineux pour te dire tout
ce que je t’aime.
f.
illustration : Daisy triptych, peinture, by Euan Uglow, in The Uglow papers catalog
Une seule caresse un toucher simple avant même une étreinte suffit à nous lier éternellement par la voie de l'intime une danse de chair que seuls les corps comprennent. Désormais j'irai t'attendre dans la nuit amante comme dans le jour ami jusqu'à sentir palpable l'empreinte douce de ta peau ancrée dans la mienne pour toujours enfouie dormante jusqu'à ce qu'on la réveille.
Frénétiquement j’aimerais porter à ta bouche le goût du monde tel que je le consomme tel que je le danse pour que tu frissonnes au seul contact de nos sens fins becs à savant mélange qui s’écoule dans ma gorge jusque dans les hanches pour que tu grignotes bout par bout ces morceaux de vie qui se déroulent entre nous souples et tendus en contorsionfrémissant distanciés ténus invisibles par une corde de sensations fortes, intangibles, évanescentes
pour que tu ressentes où que nous soyons ma voyageuse présence.
Je ne pense qu’aux papyrus déchiffrables, à des galeries de nymphes et d’éphèbes en peau de marbre, au règne animal, à la panthère-renarde libre et libérée qui va et vient au jardin, à la Reine Biliqis parfois appelée Bilitis en secret, en transit, dans son bain d’ânesse ou dans un Orient-Express en tenue ornementale, Je ne pense qu’à la crème de la crème du transport phéroménal, Je ne pense qu’aux détracteurs de passage, aux ténèbres apprivoisées, à ce qui n’est pas mais qui est
Je pense à toi qui rêves dans un monde inachevé
Il est inachevé car il est fait pour la rencontre du Tout où tout ne fait que passer
Ce Tout qui sonne bel et bien l’heure des charmes dans ces télégrammes
Avaler tout le potentiel d’un être supra sur naturel tombé du ? on ne sait pas supernova l’étoile rouge phénomène robe rubis éclat d’un pubis fusionnel fantasmer la vulve d’un ange lanceur de foudre sur un Vulcain tentaculaire s’étouffer de magma sentir couler la lave en effusion de joie faire corps avec la terre boire le feu comme de l’encre et me remplir de toi jusqu’à la prochaine irruption précieuse fontaine d’inspiration ou le rêve qui s’amoncelle
ici-bas
Nécessité / Feu / Loi
f.
Merci infiniment à Laurence pour le prêt de sa peinture issue de la série du Chant de la terre.
La chaleur encore en chasse poursuite paradant sur nos courbes chaudes insoumission excepté au désir souffle ventriloquant qui veut courir tourne retourne roucoule si proche de nos corps l’arborescence de la tentation terminait indocile faussepudibonde sa prière au soleil adsorbant remplissant la clepsydre d’un amour vif et volatile lévitant juvénile substance irrépressible qui fleurit hors saison.
Vous qui vous imaginez ce latent sourire Imaginez-moi vous embrasser Tendue sur la pointe des pieds Tout juste rep-osés Et recommencer. Vous qui vous imaginez Ce charmant sourire Les lèvres appuyées Je vous prends la main Les mets sur les hanches Comme les hommes le font aux dames Au bal du dimanche * Si la magie prend Dans un jour de chance Entrez dans la danse du baiser Danse commune danse Sur ces lèvres exquises Entreprenantesesquissées.
Enserre-moi d'un seul doigt lactescent sur mes lèvres mon printemps se soulève jeune fièvre Émanations des idées en-soi qui brûlent au cerveau rutilant Évocation murmurée à la gorge en rut qui trembleau mystère frémissant exorde à
M'imprégner de toi Avec si grande facilité À l'allure d'un désir grimpant Comme si les cimes Touchaient déjà le ciel Pour n'avoir qu'un tronc commun Sans s'en rendre compte Comme si les arbres Poussaient à folles enjambées Sans demander leur reste Comme si l'automne Avait déjà rejoint l'été Sans que s'écoule l'année Qui nous aura vu naître.
Il fallait que je parte tout laisser pour que l’abandon règne
désolation, reine des Détresses ce jour, il n’y a rien eu de plus beau que la détresse trempée de larmes que l’écho mort spectral
se sentir esseulé en plein jour alors qu’il existait ce qu’il fallait ce qu’il fallait pour tout contrer
ce jour, il n’y a rien eu de plus beau que la détresse trempée de larmes que le sauvetage sans l’escompter à l’image d’une mythique dame du Lac
car sans trop espérer sans espérer rien même rien du tout une toute petite incantation secrète, tout au plus pas une barque, pas un tronc, pas une rame pas même un bout de terre, pas un reflet
A minima j’irai me recroqueviller sous ce qu’il y a de plus juste après avoir glané ton dernier souffle ivre entêté comme un baiser devenu tendre fantôme frôler la caresse de l’ombre évaporée la sentir la respirer comme une fleur se referme d’une naturelle sobriété devant le soleil qui s’éteint sans rien dire à personne.
Si je n’avais qu’un souhait lire le goût de mes lèvres qu’il te reste sur les tiennes que tu as prélevé de tes doigts Imaginer ce grain de sel ce souvenir planté en toi dont l’empreinte érigée se tient comme une figure sacrée originelle à la lisière d’un bois ou au bout d’un tunnel là où tu as trouvé ce baiser endogène que l’on cultivera
L’heure magique que l’on emprunte sur la petite route n’a presque pas de voix
L’entendre comme nous l’entendions c’étaient nos diapasons à l’affût d’un accord improvisé sur des cordes inconnues alors
Comment se sont-elles entretenues, comprises jusqu’à ternir les bas-côtés jonchés de nos plumes dégarnies empreinte décharnée de nos étreintes compromises
puisque l’heure magique naît puis n’est plus puisque l’heure magique ne vibrait que pour nous.
Low battery Used my last bar of energy Sending what the sand texted me My latest gift gifted with wings Maybe the best of me Given from the generous wind Caught up a special butterfly Who spelt out your name As if crying for me So as to not forget Secrets we share Everywhere Ashore and even more when dawn is laying down the sea I’ll see you when the butterfly sees me.
Au mitan d’un pont à fleur de peau courir l’asphalte croire à l’impasse affleurer ton nom réduit à l’étendue bitume présence ombre prétendue protégée des champs prise dans des barbelés qui m’ont épargnée car trop humaine ni vautour ni ovidé ni truand ni condamné n’être qu’un simple visage ange en pleine nature n’être qu’un seul mur sans tag ni rature ni peinture ni fioriture mur qui cache la forêt forêt éviscérée de toutes les peines incarnées si tu m’avais vue le corps sur la sellette la mort trop sélective m’aurais-tu pleurée ? tronc commun des mortels alors se perdre hors, hors ! se perdre au loin or cet au loin est si proche de ce que j’ai perdu.
Amsterdam/Centrum/Rijks Museum Astarté/juillet 2025
Peintures (Rijks Museum) : (c.1889), Paul Joseph Constantin Gabriël – A Windmill on a Polder Waterway, known as « In the month of July »/Een molen aan een poldervaart, bekend als ‘In de maand juli’
(1898), George Hendrik Breitner – gros plan sur la « lady » marchant sur le Singel Bridge at the Paleisstraat in Amsterdam / De Singelbrug bij de Paleisstraat te Amsterdam
raconte-moi des rires tes rires à toi tes rires qui sonnent résonnent en moi des cymbales des cloches des sabots des pioches tes rires s’entrechoquent dans mon espace tantrique comme du foutre phonique sonore étymologique tes rires m’emmènent dans une forêt vierge voyage admirable survol de troncs sauvages à perte de vue vol en tension phallique laisse-moi rire encore encore-encore-encore en écho à tes rires qui coulent dégringolent s’étreignent en cascade et boire à la source d’un vit féerique.
Terre d’errance miettes éparses éparpillées blanches coquille d’être écarquillé nacrées fraîches éclosion pure pleine fissure fissures : blessures qui se nichent dans un trou creusé pour elles prêtes à respirer ton ombre à l’abri de tout urgence cette honnêteté d’un corps dictée par la clairvoyance.
L'impression d'une lutte sans relâche d'un corps trop lourd qui lâche marées, vents et moulins ces forces qui ballotent de la nature du quotidien le corps présent qui sombre sans s'éteindre se gâte écrasé sous le joug d'un jour plus noir que sombre d'une lumière accablante provenant d'outre-tombe l'impression d'une lutte sans savoir d'où elle vient marées, vents incertains le corps à l'abandon du rôle de l'instinct plongée dans le néant le ciel encore se teint s'affaisse et le retient un instant au dessus du gouffre
la vie se confronte à la fin.
SPLEEN (II)
L'impression d'une lutte l'inertie atone ne tremble le corps s'absente et chute avec pour seul filet ton bras ton bras qui dort enfin sur moi sur toi je sombre vide à la lumière des rideaux froids le chaud m'envahissant s'éteint l'impression d'une lutte qui ne s'acharnera pas énergie molle livide qui laisse un goût de rien débâcle sans débat le ciel changeant est vain sans savoir pourquoi
Ne viens-tu pas ce soir après le zéphir et l'ennui t'émouvoir dans ma chair après le labeur et la pluie sans toi mon lit se serre le jeûne est bien fini dans cette jeune nuit si tout t'était permis les gestes les galanteries Viens l'ami je t'accueille je cherche en vain cet œil qui flattera mon regard la rose fraîchement se cueille Ne viens-tu pas ce soir effeuiller mon envie mon logis brûle seul D'écueils ou bien d'espoir Frémissant dans le noir nous triompherons ainsi Ne viens-tu pas ce soir me tenir compagnie ?
Tu n’es plus qu’un rêve trop facile à penser un soupir évanoui la lune toujours elle chante juste pour elle-même qu’on ne s’étonne à peine que tu m’as oubliée petite plaie infectée pas facile à panser car tu n’es plus qu’un rêve sur un disque rayé c’est ta voix qui patine dans mon cœur fatigué se brisant au je t’aime coupé jamais craché l’oreiller même lui n’est plus oreille fidèle à l’écoute il me fuit las de m’entendre pleurer je n’ai jamais compris que tu ne reviendrais chimère d’une vie jamais n’a existé.
Rencontres d’encres entre couches, strates de l’existence. Bruits de mer sous la pierre. Sel de la terre. Kilomètres stratosphériques. Embrasure sismique. Érosions poétiques. Embrasement terrestre. Forces vives.
Etude comparative des corps comparaison n’est pas raison des stries qui épousent des formes des formes déforment les stries sensations sensations sensations sensations sensations comprendre ou ne pas comprendre des émotions ultérieures le cadrage a ses raisons l’œil ses déformations immersions plongée plongée contre-plongée immersion étrangeté familière danse de l’étrange d’une ressemblance qui déraisonne signification créature corps en illusions oeuvre-pulsion oeuvre-création oeuvre-révélation oeuvre à l’épreuve du temps surjouer interpréter faire impression surimpression tracer défier conjugaison détournement révéler le pouvoir des ombres et de la lumière en noir et blanc talent de l’art l’art d’aimer le corps se regarder à l’extérieur de soi corps-objet corps-secret corps-présence repousser les limites du Moi surmoi en balance turbulences manipulations transcendance.
Mon doux chaos Mon souffle Destruction De l'ennui Impertinence cruciale Otage extravagant Regards d'exubérance Oiseau de nuit Sur la brèche De mon existence Blessures anéanties Déchirure de morale Bouche-trou Suave Confins de l'érotomanie Mains de velours Gémissements D'incendie Petite mort En lettres capitales Opium du corps Et de l'esprit Frugalité vocale Rage d'envie Poignard exquis Loi des Nécessités bestiales Mon doux chaos Souffle de vie
Oh, baby! I’m sorry mon corps t’appelle il me réveille me laisse sans trêve dans la nuit caverneuse si je ferme les yeux c’est pour te voir cavalier ténébreux venir à bout de brimades divines châtiment corporel d’une âme… affamée… belliqueuse
Oh, Baby! My Baby j’ai le lit chahuté les jambes qui ont tremblé torture tectonique si tu pouvais te rapprocher disons que je t’invite… Come on,come in En ce palais volcanique mon prince d’honneur tu serais, j’aimerais te sentir, me laisser aller pleurer tout ce qui brûle de belles larmes sismiques
Oh, Baby! My Baby tout ce feu… il n’y a plus d’heure tranquille c’est qu’il faut s’en aller ou fuir ou bien rester alors reste, je t’en prie au devant, au chevet de ce corps famélique comprends… qu’il faut le sustenter que de tous ces baisers devenus fous ébats rêvés m’ont rendu boulimique
Oh ! Baby, I’m sorry de cueillir ton nombril bourgeon sensuel et sensible d’apposer ma bouche vaniteuse sur tes paupières viriles referme mes yeux damnés je ne suis que fille servile gourmande et réprimée pardonne cette verve lubrique lubricité imbibée langoureuse pardonne mes vers trop versés et ce chant pathétique.
Oh, Baby! My Baby Sous le joug d’Aphrodite je ne suis que Tantale tes yeux sont comme l’opale je m’y perds comme Narcisse entraînée dans ta lave je tombe dans le vice je veux boire à ta source comme on boit au calice ma prière est infâme car elle est orgasmique rends-moi cette nuit la grâce exauce ce supplice.
J'esquisse ce poème Comme je voudrais le dessiner Tracer à main levée La mine précisément taillée Ces fines courbes de chair Des contours carnés Découvrir cet objet Toute la journée caché Tapi sous un tissu de vair Pantoufle réincarnée Abritant ce mystère Que tes yeux nus et clairs Cherchent en vain de percer.
Cette petite épaule Petit être incarné À l'échelle qui est mienne J'aime quand tu la baises Ou mordue à la dérobée Quand tu l'effleures à peine Ce geste tendrement déposé Promesse déjà pleine D'une grande échappée Conte revisité Et quand tu l'as trouvée Cette petite épaule Aux prises avec la volupté Tout juste à découvert Des lèvres ou d'un doigté Le désir accroche l'envie Celle de me laisser faire Rester à ta merci Conquérant de ma chair Conquête dont je suis L'heureuse prisonnière.
J’ai sous la peau un hiver qui ressemble à mon sang circulant tels des vents contraires ou le soleil idiot qui boude le désert J’ai le ciel seulement compagnon solitaire figurant l’ombre béante de mes pas réfractaires
Au loin une lueur au loin se donne l’horizon qui cache cette fleur peut-être en floraison à quelques lieues la silhouette du bonheur à quelques lieues une timide chaleur car en mon cœur peut-être finalement l’aridité se meurt.
Je rêve de ton impertinence de l’imprévisible hauteur de ton corps en balance d’une chevauchée imaginaire dans un orage fou un jour sans grande défense Je rêve dans cette danse curieuse et indomptée d’y voir mes ailes pousser menée par l’Ivresse messagère laisser traîner ma langue langoureuse guerrière autour de ton cou redouté Je rêve d’y laisser un goût d’exubérance Et d’une meurtrière tirer une flèche passionnée celle que l’on nomme Errance jusqu’à la prochaine épopée.
J’aurai envie de t’écrire les mots à feux et à sang tout c’que je saigne tout c’que j’endure sang chaud sans haine t’observer pervers par cette fenêtre de mystère tant qu’il y a de la lumière ondule en moi comme un ver solitaire qui ne blesse pas j’aurai envie de te plaire traverser un miroir m’ouvrir les veines d’une nouvelle ère faire semblant d’y croire s’élancer sur les mots d’une autre liberté comme si elle existait tant qu’il y a de la lumière j’émerge dans tes yeux de tout mon éclat.
Pourquoi les jours s’arrêtent les nuits n’existent pas
je voudrais que repose ta tête gentille sur mon sexe qu’elle s’incline je la berce et qu’elle dise sans cesse ma beauté ma jeunesse retrouvée vive et bête et que tu me promettes le manque le goût la joie
même si les jours s’arrêtent même si les nuits n’existent pas.
Et le tonnerre gronde / demi-lumière en fronde / clarté des êtres et des choses
chaleurs nocturnes / mouches et guêpes / à l'abri du soleil
un chevalet qui bascule / des chevaux à l'écurie / protégés de la pluie
des poules qui piétinent / le tableau qui hurle / hennit
Et le tonnerre gronde / un chapeau pour la toilette / loin du monde
Une dame qui irradie / au port au bal ou endormie / éblouissante
Radieuse en campagne / recherche la compagnie / des portraits patientent
Et le tonnerre gronde / les amourettes au réchaud / l'odeur du lard dans les narines
L'humide été / sur les carreaux de la cuisine / les corps ont chaud
très chaud / et la peinture qui dégouline / un trop-plein de térébenthine
Berthe est ravie / Eugène, la Nine aussi / et le tonnerre ronronne à nouveau
f.
Je viens de terminer Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot. Un livre commandé expressément, et qu’il n’a pas été facile d’acheminer jusque dans mes rayons. C’est le problème de l’administration…
Étonnante, l’écriture de Mika Biermann. Après un coup d’œil rapide à sa bio, on sent bien l’artiste derrière le récit (« Un verre d’eau rencontre un rayon de soleil. Sur le bois gras tremblent des reflets. Une pomme verte attend le verdict.« ). Il remplit son contrat de faire des mots des touches de couleur, qui ne sont plus simplement des touches, mais un véritable tableau, en l’occurrence ici, celui de Berthe Morisot. Si je t’en parle, c’est parce que tu l’aimes autant que moi, et parce que l’artiste, c’est toi. C’est toi qui me parles de tes pinceaux, autant que de tes pensées, de tes encres, autant que de tes maux.
Ces Trois nuits filent, défilent, comme les paysages quand on peut les apercevoir en voyage. Mika nous emmène à la campagne. La quatrième est gentillette, même si l’on nous suggère d’emblée des « méditations corrosives sur la chair« . Sans se douter de rien, ni rien appréhender de particulier, le récit tient la promesse de son résumé. Le lecteur se retrouve confronté à des scènes inattendues, d’une violence et d’une beauté surprenantes, beauté sommaire, exécutive, exprimée dans les gestes dépeints-décrits par l’auteur-artiste. Nous plongeons dans l’intimité crue du couple Manet-Morisot. « Dans la chambre, tout est calme« , jusqu’à ce que Berthe décide de mettre son mari à poil, littéralement, une mise à nu physique, presque viscérale. Et nous ne sommes pas sur une petite route de campagne calme et tranquille. Prêtre et villageois, artistes parisiens bourgeois en vacances, tous ont leur côté obscur, très tôt mis en lumière, sans ambages, sans fioritures (« personne ne vient se confesser dans ce pays ! C’est un canton de sauvages !« ). Même les autres impressionnistes cités et les personnages de mythologie qui surgissent dans l’ouvrage ne sont pas décrits sous leur plus beau jour (« Eros regretta sa réaction violente« ; « David et sa clique ont guillotiné la légèreté« ; Courbet est un « père Fouettard« ). Les animaux aussi en prennent pour leur grade (« les chevaux sont maladroits« ; les cochons sont « pire que des bovins« ) ! Bref. Les hommes ne sont que des bêtes : « Nous sommes des bêtes magnifiques », s’exclamera Berthe. Surtout pendant l’acte. Des monstres, même ! lorsque Mika nous dessine une partouse à trois têtes (« la bête à trois dos, trois bouches, trois sexes, à six yeux, six mains, six oreilles, à douze pattes, à soixante-douze côtes… ») ! Mika aime la mythologie. On le sent très bien lorsqu’il consacre un chapitre à Éros et Psyché. Ça tombe bien. Notre Berthe aime à se comparer à Psyché. On peut dire que Mika et Berthe se sont bien trouvés. La mythologie est un beau prétexte pour nous parler de peintures et de toutes ces œuvres d’art immortalisées dans nos musées.
Berthe voudrait bien peindre une toile avec Eugène dans le rôle d’Éros, et son autoportrait en Psyché. Malheureusement ce n’est pas possible. Elle passerait pour une traître à la cause. Seule l’Académie chérit le sujet mythologique… Pourtant, elle pourrait traiter le thème de manière résolument moderne !
C’est un livre où tout devient possible pour Berthe (se baigner dans la rivière, oh oui !), où tout se dit, les langues se délient (en tout cas, Berthe a bien décidé d’en faire son parti pour le reste de ses vacances), le langage est on ne peut plus familier, employé avec tendresse et parcimonie, compensé par une description pensée, léchée (mais pas trop – sauf pour le cunni), esthétisée – pour la bonne cause, l’art de la peinture. On aime autant les natures mortes (un sujet que Berthe déteste, par ailleurs) illustrées par Mika, que les répliques tranchantes qu’il fait dire à Berthe, et l’on rit ! On croit que son mot préféré est désinvolture. On aime quand Berthe ironise et se moque d’elle-même : « On se demande ce que peut foutre un peintre pendant une demi-heure : combien de touches faut-il pour faire un tableau ? Combien de couches ? Berthe a un pinceau entre les dents, le manche lui a teint un coin de la bouche en vert. » Je me suis amusée à imaginer Mika en train de rire, lui aussi, en peignant son livre. La scène de la tante qui fait un sermon public aux petites Morisot au cours d’un repas de famille, et qu’on fait sortir de table pour qu’elle « calme ses nerfs » m’a fait beaucoup rire, oui. On rit parce que l’on se dit qu’à l’époque, on se rend bien compte que les mœurs n’étaient pas tendres. Il n’était pas facile d’être une femme. Comme, à mon avis, il pouvait être compliqué d’être un homme, la preuve avec ce pauvre Eugène, bien démuni lorsqu’il fait face à sa femme qui en veut, qui le veut, qui pourrait le bouffer tout cru, et partant qu’il fait face à la question de leur sexualité. Sans brandir l’étendard de la question des genres, de la lutte féminine, des scandales d’alors, Mika arrive à parler d’un sujet contemporain, parvient à dépeindre un temps ancien par le prisme d’un dialogue moderne. Ce petit carnet est plein de tonus, il est charmant de vivacité, il est à la fois sombre dans le réel évoqué en filigrane de chaque ligne et lumineux comme le caractère tempétueux de Berthe. Mika rature les codes sociaux comme il donnerait un coup de cutter dans une toile. Et ça, c’est beau ! Les charmes de la nudité sont portées aux nues. La pudeur est désarmante. L’appétit sexuel est puissant et dévastateur. Le sexe respire la campagne, son purin, les épices, l’humidité, le renfermé, « la confiture » ou encore « le lait caillé ». Et la page se tourne. Le calme revient. Le rythme est voulu par l’artiste — « Trop rapide. Trop lent ». Les esquisses de nature nous offrent des moments de quiétude, d’attente, d’ennui volontaire, utile, nécessaire à l’exercice du style.
Ce que la bio de Mika ne dit pas, c’est s’il est cuisinier à ses heures. En tout cas, son petit livre est parfumé, il sent bon le lard fumé. Après quelques hésitations… « L’après-midi avan[çant] à pas de pigeon« … (Berthe a faim ! très faim… quand est-ce qu’elle va pouvoir manger un plat digne d’un bistro parisien, enfin !?), Mika nous donne alors l’eau à la bouche, et s’improvise cuistot avec une recette alléchante d’amourettes, qu’on imagine bien déglacées au vinaigre ou au vin. La cuisine à la française s’invite à la table des Manet, même dans un estaminet où l’on ne sert qu’un « plat unique ». C’est déjà ça. Le vin, Berthe n’y touche pas, ou presque. Elle sait qu’Eugène n’aime pas. Elle se retient. Mais quand la fureur de vivre et de se libérer prend le dessus, au diable les convenances des petites femmes de Paris ! Car c’est bien cette envie folle qui traverse Berthe tout au long de ces Nuits. La faim, l’hygiène, les soins, le sexe, le sexe masculin, le sexe féminin, le sexe à deux, à trois, tout y passera à l’issue de ces Nuits que Mika romance sous forme d’allégories (il y a « Nuit, et son compagnon, Noir. Leurs enfants, la petite Aube aux joues rouges et son frère Crépuscule…« ). On dirait que Berthe se sent bien seule, la nuit. On osera dire qu’elle broie du noir. Alors, son esprit divague, elle s’invente des histoires, elle scrute les ombres et le bruit. Imaginer et voir son mari nu, c’était déjà une aventure ! Mais aura-t-elle jamais l’occasion un jour d’aller plus loin que les herbes hautes et les barreaux de son lit ?
Pour conclure, Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot est peut-être bien à l’image des impressions de Berthe la nuit, « un tableau du Caravage. Sans têtes coupées, sans saints, sans anges. » Des nuits lors desquelles Berthe se réserve des plaisirs secrets à venir, fomente des plans pour sortir de son corset, s’emparer des étoiles, aspirer les couleurs des arbres, les injecter dans ses propres toiles et… se découvrir toujours encore nouvelle, un peu plus épanouie, un peu plus sûre d’elle, d’un lendemain à un autre, le chevalet toujours vaillant, debout, sous des ciels changeants, à la lumière des cours d’eau. Berthe Morisot ou une vie de pinceaux. Trois nuits est aussi une ode au terroir français, on y apprend à dépecer un lièvre en deux temps trois mouvements, et finalement, les vacances s’achèvent de manière assez brusques pour notre femme-peintre. L’on se demande si c’est parce que la campagne ne l’inspire guère plus que ça, ou si ce sont « les soufflés et les mousses » de Paris qui manquent au couple Manet, ou tout simplement, la honte à effacer de l’ardoise ((l’abandon du portrait de la Nine dans la maison de campagne en dit long), scrupules d’un soir mouvementé qui n’aurait jamais dû se produire pour ces personnalités bourgeoises, qui décident de faire machine arrière, et de rentrer dans leurs pénates pour remettre les pendules à l’heure et revenir dans le droit chemin parisien.
Et toi, ma chère C., comment peins-tu aujourd’hui ? Tes humeurs sont-elles tiraillées par ta vie en ménage ? Comment composes-tu ? Je sais que la musique – ta muse, la vraie – t’est d’un grand secours d’ordinaire. Parle-moi de tes derniers dessins. Je sais aussi que tu attends de m’écouter. M’entendre te lire te ferait du bien. Nous y parviendrons, c’est promis. Moi aussi je dois composer. Pour moi. Pour toi.
éprise de vérité
le vent emporte les tourments
écrire. frénétiquement.
le style, qu’importe
puisqu’à présent
il faut vivre à l’entêtement
le désir en continu
les ordres versatiles
un soupçon de contradiction
puiser dans le néant
épuiser le trop-plein
et rechigner à l’abandon.
Dans ma robe satinée
lasse du temps qu’il fit
d’une pluie ininterrompue
sur les carreaux et les pavés
rendant l’air aussi
gris que le chagrin
Je songeai à la gaieté
qui ne pu se faire jour
à mes yeux silencieux
à mes lèvres emplies
de morosité éteinte
humide et timide
fermant un doux visage
honteux devant
la pureté d’un matin.
Croire que le temps de vivre est le chemin à suivre détours virtuels détours charnels contours charnus gestes consensuels formes ésotériques dans la bouche du ciel peindre des touches saisons sensuelles et l’étreinte du rêve se meut grivois S’émouvoir ! Silences rebelles Et lire entre les veines du cœur qui palpite.
f.
Peinture (huile) Le Rêve, 1932 de Picasso, Pablo (1881-1973)
Sky Kiss performance, Jim McWilliamsCharlotte Moorman, pour Sky Kiss
Dieu : – Well, well, qui voilà ?
Odile : – Enfin, Dieu, vous savez très bien qui je suis…
Dieu : – Bien entendu, ce n’était pas la question. Odile, que faites-vous ici ? Ce n’est pas votre heure à ce que je sache, et, … non mais regardez-vous, qu’est-ce que c’est que cet accoutrement ? Non vraiment, ça ressemble presque à une blague.
Odile : – Vous n’aimez pas les ballons ? Il paraît que c’est votre anniversaire en plus… ne niez pas ! Max-Louis a vendu la mèche !
Dieu : – Je parlais de votre tenue, Odile,… ça a l’air vieux jeu ce que je vais vous dire mais, on ne se présente pas dans cette tenue ! pas à Dieu !
Odile : – Et vous ne dites rien au sujet des ballons ? Je manque de me brûler les ailes pour toucher le Ciel, et tout ce que vous avez à me dire c’est « c’est quoi cette tenue ? »
Dieu : – D’accord, sujet brûlant, ça va, j’ai compris. Qu’est-ce qui vous amène dans cette… euh…Qu’est-ce qui vous amène donc !?
Odile : – Aujourd’hui musique ! Pas de place pour les conventions, tout pour l’instrument, le son, les vibrations, et… le sexe, bien entendu !
Dieu : – Je me disais bien… Dieu, faussement, inutilement dissimulé dans sa barbe : allez, arrête de mater ses nichons, concentration… une profonde pensée philosophique, là, tout de suite maintenant, Pascal, Lacan, quelqu’un ? Nan, Freud, pas toi…
Odile : – Vous êtes avec moi ? On dirait que l’Univers vous échappe, c’est un rien flippant quand on vous voit de près comme ça. Odile s’avançant dans une succession de bruits, claquant des doigts – clac, clac, clac !
Dieu : – Je vous écoute ! Je vous écoute !
Odile, prenant une grande inspiration : – Cher Dieu, le monde va mal, alors que vous l’avez conçu si beau. Vous lui avez tout donné : les éléments naturels, le vivant et le non-vivant, et parmi ce vivant, l’Homme et sa chair, l’Homme et ses dons. Cher Dieu, votre Création est une merveille. Et pourtant, d’Abel et Caïn, d’Adam et Eve, de quoi héritons-nous ? ou plutôt… de quoi héritez-Vous ? Oui, VOUS ? Lorsque vous rappelez ceux que vous avez engagés sur Terre (pourquoi les avoir engagés d’ailleurs ? parfois, on se le demande, mais… c’est votre choix, hein…), y en a-t-il seulement un qui vous le rend bien ? Y en a-t-il un, parmi tous ces individus (dont je suis sûre vous n’êtes pas fier) qui vous offre avant de franchir cette barrière quelque chose sans rien attendre en retour de Vous, pas même le salut ni le pardon ?
Dieu : – Je ne me suis jamais posé la question… Mais, ils attendent tous quelque chose, ça c’est sûr !
Odile : – Eh bien moi, je n’attends rien, voyez-Vous. Vous l’avez dit vous-même, ce n’est pas mon heure. Mais aujourd’hui à midi pile, ce sera la Vôtre ! Je suis venue vous livrer en avant-première un concert intitulé SEXE-TROP-NIQUE ! Il n’y a pas de raison de laisser le sexe s’ébattre, dégouliner entre les corps et dans les arts, excepté dans la musique classique ! Vous comprenez ? Aussi, cher Dieu, je vais jouer pour Vous ce qu’il y a de plus originel : l’origine du monde et sa nudité, avec toutes les parts de crudités qu’elles contiennent, leurs mouvements, leur intensité.
Dieu : – Je… Je ne sais pas quoi dire, c’est… inattendu. Un concert privé ? Jamais je n’ai assisté à cela. Pourtant je vois tout. J’entends tout. Mais dans ce moment présent, je … je ne vois et n’entends que vous. C’est très curieux ça… comment avez-vous fait ? Odile…
Odile avait terminé son élucubration et ne prêtait plus attention à Dieu. Midi avait sonné, et elle avait saisi son instrument pour ne faire qu’un avec lui. Dieu ne cherchait plus ni pensée philosophique ni aphorisme. Il vivait pour la première fois de toute son existence (et dieu savait qu’elle était longue, … longue… longue…), il vivait donc pour la première fois un moment singulier, d’une beauté rare qu’il se surprenait lui-même à contempler dans son propre égotisme. Ce qui ne pouvait être. Dieu se surprenait à jouir d’un être et de tout ce qui émanait de lui. Ainsi la musique l’avait ramené à la condition humaine… pour la seule et unique fois de Sa vie.
Quand la musique cessa, Dieu revint à Lui.
Odile : – Cela vous a plu ?
Dieu : – Je n’ai rien connu de pareil. C’est comme si… vous étiez parvenue à …me toucher ! Personne ne peut toucher Dieu (même Michel-Ange dans sa propre Création d’Adam n’a pas réussi !), mais vous…
Odile sentit une brise légère sur sa joue. C’était le baiser que Dieu lui rendait en échange de son geste désintéressé. La brise prit de l’ampleur et le vent s’engouffra dans les ballons, emportant Odile pour la ramener sur Terre. Odile oublierait, mais Dieu… Jamais ! Et il ne manquerait pas de lui rappeler ce moment fabuleux quand son heure viendrait.
f.
Ce récit vous a été présenté sans audiodescription (désolée, empêchement technique, et ordre de police contre la diffusion d’indécence) pour l’Agenda ironique de janvier 2026 organisé par Jobougon. Voir l’historique et les consignes cid’sous :
Comme le résume si bien Carnets paresseux qui vient de clôturer gueule toute haletante le dernier agenda renardataire de décembrier ou déjanvier, les choses sérieuses reprennent (God, no! rien de sérieux j’espère), avec l’AI du vrai janvier hébergé par Jobougon. « Et l’esprit subtil de Jo nous « propose donc d’aller interviewer Dieu. De le faire comme on veut (encore heureux!), chanson, hymne, conte, prière (et pourquoi non ?), roman, poésie, voire même (soyons fou !), dialogue…Mais (car il a un mais) faudra glisser en icelle interview « au moins quatre de ces neuf morceaux de phrases à votre convenance et dans l’ordre qu’on voudra. L’ordre d’arrivée dans les textes de ces bouts est toutafé relatif.
Voici ces bouts de phrases, extraits des 366 réels à prise rapide de Ramond Queneau : « Aujourd’hui à midi pile ; ça ressemble presque à une blague ; succession de bruits ; comme un avis à la population ; cherche toujours ; sujet brûlant ; profonde pensée philosophique ; ça a l’air vieux mais & pas de place pour ».
puisque je ne peux laisser s’aventurer la morsure amoureuse sur ton corps d’amant neuf je veux laisser mes traces autrement audacieuses dans les filets suintant les spasmes vivides et liquescents sentant le désir s’ébattre jouer entre nous deux et jouir de la langue phallique et vigoureuse entre phalanges et métacarpes de ton gland à ma chatte ces effets scintillants qui inondent nos yeux.
Ce n'est pas le temps qu'on accuse trop souvent c'est une part étrange qui vogue à contre-courant dans sa barque à rebours l'âme fait des détours plus elle remue s'avance moins elle sait où elle va drague et chalut n'ont pas l'effet voulu et ces petits cailloux précieusement amassés ont égaré l'instinct qui permettait d'aller face au zénith l'air assuré devant : graphèmes plus je les lis moins je les aime derrière : plus rien ni graine ni fruit ni mauvaise herbe seul le chemin reste à lever les yeux fixer les Trois Marias chercher notre ceinture de perles la ligne de traîne est là belle maille de graphène mais ce matin qui germe et bien que le vent pousse les filets manquent de souffle le ciel respire sans moi.
et autres détails d’un Bruegel… oiseaux, marcheurs, joggeur, cycliste, symboles et signes de vie, de mort, et jeux d’hiver … et la nature dans sa simple splendeur.