À mon seul désir…

JOUR
Nous y sommes. Il y a un an déjà que je remplissais avec frénésie le petit carnet rouge qu’il me restait de Chine. Et hier, je trépignais à l’idée d’entamer celui-ci. Pourquoi ai-je attendu d’être « officiellement » en vacances pour commencer ? C’est idiot. Il faut dire que je n’en ai pas vraiment eu l’occasion.

Je me rends compte que ce papier est un vrai buvard, ce qui m’incite à n’écrire que du côté recto. C’était le choix de Sagan. Elle n’écrivait que d’un seul côté dans ses carnets (à carreaux). Par praticité je crois. Pour ma part, sans vouloir l’imiter, ce sera pour des raisons de lisibilité.

LISIBILITÉ. Comme si je m’attendais à ce que l’on me (re)lise. Toi ? Me liras-tu ? En auras-tu l’envie ou la curiosité ? Je suis curieuse de savoir dans quel état de sérénité ou de doute je vais te retrouver. J’ai peu d’espoir que l’on se retrouve comme avant. C’est pour cela qu’à présent, je t’écris, sans t’écrire vraiment. Je sais que ce n’est plus comme avant. Nos derniers échanges, nos dernières rencontres en témoignent, assurément. Houleux, même si encore bon enfant. Sérieux, mais parfois très puérils en même temps. Il en reste des bribes de sentiments, mais la nostalgie des trois ou quatre dernières années prend le dessus dorénavant.

Il faudra s’y faire, n’est-ce pas ? S’entendre avec cette nostalgie amère. Car elle n’est même pas douce. Mais elle est sincère, réelle. Comme l’étaient (le sont ?) mes sentiments pour toi, cher F.

Nous prenons la route ce midi. J’espère que tout ira bien. Je ne peux pas me laisser entraîner par la plume aujourd’hui, je n’ai même pas encore fait les valises… Cela m’épuise déjà. Les vacances, c’est fatigant.

NUIT
Nous sommes arrivés. L’endroit est exactement comme il se présentait en photo. Il y a aussi un jardin, à la fois sauvage et très bien dompté. Au soleil, à écrire sur ce banc et cette table en bois, c’est merveilleux.
Étonnamment, on s’attend à entendre le cri des mouettes car la mer est toute proche. Mais ce sont des pigeons qui roucoulent à nos oreilles. Ils sont tous perchés sur leur fil à haute tension, qui lui non plus n’est pas loin, bien entendu, des habitations.
En arrivant dans la région, ma plus forte impression fut que tout me semblait bas, petit, à hauteur d’homme. C’est le bon signe que nous avons laissé les grandes villes, leurs hauts immeubles, les immenses tours, les grands hôtels…
*
Après une balade nocturne le long du sentier côtier des environs, j’ai compris d’où venaient tous ces pigeons. D’un pigeonnier non loin de notre maison. Leur envol est très beau. On s’émerveille devant leurs allées et venues au-dessus du jardin.

SIESTE
Je me demande encore comment l’Écrivain clandestin va pouvoir éclore. Rester secrète, se faire discrète n’est pas chose aisée, tu peux t’en douter. Plus difficile encore, trouver le ou les moments dans la journée pour laisser libre cours à la plume de cet écrivain caché. Encore plus compliqué ou frustrant : choisir entre lire et écrire. Se donner le temps de faire les deux est une vraie gageure. Mais ça fait partie du jeu.

Dire que c’est toi qui es à l’origine de ces deux plaisirs. Parfois, j’ai du mal à l’accepter. Tu m’as fait beaucoup de peine, tu le sais. Mais cette aventure (l’ai-je imaginée ? l’ai-je rêvée pour me divertir, pour mon seul plaisir ?) m’aura peut-être ouvert les yeux sur qui j’étais et sur ce que je recherchais. Ce qui n’était pas du tout évident avant de te rencontrer, avant de t’aimer. Aujourd’hui, mes envies semblent être l’évidence même. L’envie de me saisir de mon stylo et d’écrire toutes ces émotions, ces découvertes, ces moments de vie. L’envie de te dédier cette œuvre personnelle (on va parler d’ouvrage ou de travail plutôt, ce sera moins prétentieux).
Pourquoi est-ce que j’en reviens toujours à toi ?, te demandes-tu. Parce que tu es le déclencheur, mais aussi l’objectif (peut-être). Forcément, tu es au centre de ce projet artistique et holistique.

Quand je suis attablée dans ce jardin, je me demande dans quel état tu serais si tu t’y trouvais avec moi. C’est étrange. Car si je sais pourquoi tu es au cœur de mes écrits, je ne sais pas pourquoi tu occupes une place aussi prédominante dans mon esprit. En fait, c’est complètement idiot ce que je viens d’écrire : c’est bien parce que tu es au beau milieu de mes préoccupations que j’ai tant à écrire, tant besoin d’écrire. Crois-le ou non, ces bourdonnements par intermittence me font aussi penser à toi car ils me rappellent l’amour que tu as pour ton jardin. J’aime quand tu me parles de l’état sauvage, rebelle, indiscipliné de cet espace d’air, de vie, d’exaltation que tu essayes d’entretenir vaille que vaille chez toi. Me trouver à cette table en plein milieu de ce jardin entouré de multiples sortes de fleurs (on parlera d’espèces plutôt, non ?), ces roches, ces cailloux… Si je lève les yeux, j’aperçois un champ immense de tournesols. Et juste à côté de moi, un pommier encore au ras des pâquerettes. … Au ras des pâquerettes, Alain Souchon mon amour.

Sans ce penchant pour une personne
L’être aimé
Sans les ailes que ça vous donne
D’être aimé
On reste au ras des pâquerettes
Au ras des pâquerettes
Sans cette attirance qui plane
Sur le monde
Dont on est toxicomane
Tout le monde
On reste au ras des pâquerettes
Au ras des pâquerettes
L’envie de voler si légitime
Passe par des moments intimes…

Cet endroit est magnifique. Rejoins-moi.

JOUR
Jusqu’à présent, j’arrive à écrire tous les jours, est-ce que tu peux le croire ? Belle journée encore aujourd’hui. Soleil doré. Mouettes. Vent des marées. Organisation familiale sous contrôle. Je ne pense pas une seule seconde à toi…

Nous avons été visiter un jardin des papillons. Ces splendeurs sont si fragiles ! Si rapides, si agiles, si volatiles. Savais-tu qu’il y a une espèce, l’une des plus grandes, qui ne vit qu’une semaine, alors que sa reproduction dure de 24 heures à 48 heures ! J’avais envie de t’envoyer l’un ou l’autre cliché mais je me suis retenue. Je veux y parvenir, à cette sobriété peu heureuse, soi-disant sereine, sage, raisonnable…

Lubie du jour : j’ai envie d’acheter un phare ! Près d’ici, il paraît qu’un phare est à vendre. Un phare occupé (inoccupé ?) par des particuliers qui voudraient apparemment (selon l’office de tourisme) s’en défaire. Mais pour le moment, il faut compter quelque 600 euros la nuit dans ce gîte insolite. Incroyable. J’aimerais bien devenir propriétaire. D’un phare. Ce serait super ! Je pense qu’on peut avoir l’impression d’être dans une montgolfière immobile et mobile à la fois, vision à 360°. Tu imagines le sentiment de liberté qu’on doit pouvoir ressentir lorsqu’on occupe un espace pareil ? Demain, j’irai voir si l’on peut le visiter et s’il est toujours à vendre. Qui sait ?

NUIT
Le phare est vendu. Un million et demi. Qui dit mieux ? Tant pis. 71 rue… Avec une jolie petite piscine. Allez, cela m’aura occupé l’esprit 24 heures, le temps de la reproduction d’un papillon. La liberté est fugace, éphémère. Le fantasme est permis.

SIESTE
Aujourd’hui, douce pensée pour mon grand-père, jour de son anniversaire. S’il était encore en vie, il aurait eu… Je ne sais plus, mais c’est sans importance. J’adorais passer mes vacances en Bretagne avec lui et ma grand-mère. C’était du temps béni.

Le TEMPS. Ici, la deuxième chose qui me frappe c’est le temps qui passe, qui passe inaperçu. Il s’écoule, il revient. Comme les marées, comme le soleil derrière les nuages. Je n’ai pas du tout l’impression qu’il fonce, qu’il file trop vite, presque artificiellement comme chez nous en ville. C’est donc nos activités, qui suivent un rythme non naturel, effréné, aberrant, épuisant, qui nous donnent cette impression de mauvais vertige, de tournis incessant.
C’est cela qui me repose et m’apaise le mieux ici. Ce n’est pas tant les nuits – je dors relativement mal – mais la vie au bord de l’eau, la vie cadencée sans rythme soutenu. C’est du Bach. Parfois du Vivaldi. E. Satie vient dans la soirée.

Je commence à emprunter des notes à notre ami Sollers. Je prends du plaisir à lire sa Passion (ou ses passions). Je me demande ce qu’il en est pour toi. L’as-tu commencé ?

JOUR
Premier jour couvert. Un peu maussade même. Quelques grammes de pluie. Mais le soleil ne disparaît jamais complètement ici. J’adore ces paysages sauvages par ces temps-ci. Les champs de bruyère sur fond gris, très pictural.

Sans transition : mon programme pour s’oublier en quatre semaines. Je pense que je vais devoir passer par les trois phases typiques d’un régime alimentaire, autrement dit, étape 1 de la douleur, de la crise, engendrée par le manque, l’abstinence forcée, (la sobriété peu heureuse évoquée l’autre jour); étape 2 correspondant à l’accoutumance, due à l’absence prolongée, l’inaction, la contenance ou retenue forcée, qui s’est installée (non sans peine), à force de persévérance évidente; étape 3, enfin, dans les derniers jours, lors desquels j’espère pouvoir ressentir les effets de ce jeûne et sentir une accalmie intérieure, un apaisement salvateur récompensant tous ces jours de lutte sentimentale, émotionnelle (la répression de l’affection doit pouvoir porter ses fruits : ils s’appellent résignation et oubli).

NUIT
Tambour battant sur les fenêtres. Jardin trempé. Mari parti. Sieste. La belle vie. C’est le jour le plus mauvais depuis qu’on est ici et c’est évidemment le jour où je me retrouve à devoir aller chercher le vélo et la remorque. Un vent fou m’empêche d’aller droit et me force parfois même à m’arrêter en plein milieu de la route au risque de valser dans l’embouchure ou la rigole.
Rigole, rigole. Il va falloir la faire rire la petiote pendant une semaine sans son père. « Je voudrais jouer à quelque chose qui m’amuse » me lance-t-elle sur un semi ton de reproche mêlé à une puérile provocation. C’est mignon. T’inquiète pas ma petite, maman n’est peut-être pas drôle comme ton père, mais j’ai de quoi t’occuper les mains et les idées. Les mains, c’est fait. Y en a partout. Feutres et pâte à modeler. Rouge, bleu, rose, noir. Les premières œuvres sont déjà exposées.

Quant à toi, ne crois pas que je t’ai déjà oublié ! (quatre semaine on a dit). L’autre jour, on a croisé des couples (on les qualifiera de bucoliques pour le troupeau d’enfants qui les accompagnait mais ils avaient tout du petit citadin bien installé). Au début, on pensait à une situation tout à fait classique, bien standard, à l’européenne, à la française, papa, maman, quatre enfants (qui a dit que la Française faisait peu d’enfants !?), couples d’amis en vacances. En réalité, couples d’amis, certainement, mais couples croisés aussi. L’une des deux femmes avait eu trois enfants avec le premier père, puis deux jumeaux avec le second. La deuxième femme n’avait visiblement qu’un seul enfant avec le premier des pères, alors qu’on pensait que la première brochette de marmots lui appartenait aussi. Nenni. À observer comment s’étaient fait les accouplements, ça nous faisait bizarre, mais intérieurement, je me disais bien entendu pourquoi pas. Mais c’est bien sûr ! Les couples du XXIe siècle, ça peut ressembler à ça. C’était le genre de modèle que j’aurais été prête à vivre avec toi. Illusoire mais pas impensable, manifestement.

SIESTE
On s’acclimate. On finit par oublier les soucis et les contrariétés qui nous envenimaient à la longue. Tu en faisais peut-être bien partie. Sad.
Une dizaine de jours pour commencer à sentir un soulagement, un repos, même si je continue à très mal dormir. Je crois que mes sueurs brûlantes la nuit sont dues à l’alaise sous le drap-housse. Ce soir, je retire tout et on verra si j’ai l’impression de dormir au sec.

Les siestes sont des moments chéris. De surcroît le dilemme que je craignais au départ n’est pas. Je peux trouver à la fois le temps de lire et d’écrire. Le must, c’est quand je peux dormir aussi. Et que dire de la « Joie Suprême » (coït censuré sous les Tang – lire Passion fixe)…
Quand je disais que je commençais à m’acclimater et à oublier, c’est qu’hier soir, je n’en avais même pas envie. L’environnement et les conditions étaient propices pourtant, mais non. J’ai commencé à me caresser, doucement, à me masser, à me parcourir le corps, buste, ventre, les cuisses, l’entre-jambe. Rien. J’ai entamé l’ascension (version descente, d’un point de vue anatomique) du volcan. Endormi. Silence. Tempéré. Calme et paisible. La Tranquillité même. Étonnant.

JOUR
Belle journée. Le soleil est revenu en force. Plage, roche, coquillages, eau, jeux d’eau, vélo, marché, atelier photo, crêpes. Gourmandise, complicité, parentalité, enfance puissance dix.
La fin de journée s’est terminé sous un gros orage : énorme crise colérique de l’enfant. Dommage. Limiter l’énervement. Ne pas partir en vrille. Encadrer les émotions de l’enfant. Contrôler les émotions du parent. Fatigue, amertume, regrets, yeux fâchés, regards morts, lecture sans ton. Écriture saccadée.
Twitter, c’est pour les gens fâchés, sans tonalité. CQFD.

NUIT
Que me réserve le mois qui arrive ? Je veux encore profiter des quelques jours qu’il me reste à passer ici. Ces lieux et leurs habitants, inconnus et nouveaux il y a peu sont devenus familiers. Ces lieux sont devenus les nôtres, le temps de l’apprivoisement en a voulu ainsi; j’entame la phase 3. Je ne pense presque plus à toi. Cette fois-ci, c’est véridique. Je pense encore à toi mais beaucoup moins fréquemment. Je n’ai plus cette sensation insupportable de t’avoir à l’esprit jour et nuit. C’était épuisant.
Je ne dis pas que je n’appréhende pas le retour, dans un lieu devenu maudit, damné, atmosphère courroucée, oppressante. Il va me falloir de la détermination pour continuer cette cure en ta présence. Mais pour l’instant, je me consacre à ce temps qui passe loin de tout. Ce programme m’aura fait le plus grand bien. L’écriture me sauvera. La côte sauvage et son vent d’ouest aussi.

SIESTE
J’ai entamé un nouveau projet d’écriture, Les lignes du souvenir. L’idée est d’écrire dans un texte continu, sans paragraphe distinct, des lignes et des lignes d’écriture, agencées bien sûr, coordonnées (le plan se fait dans la tête et le plus difficile est de ne pas perdre le fil, pour cela, il faut souvent tout relire ou en partie, pour s’assurer que le « filet des poissons de l’oubli » soit bien fait, qu’il ne manque pas une maille, pour attraper les souvenirs qui m’auront liée à toi et à ceux qui me sont chers au fil des ans).
C’est en lisant Passion fixe que l’idée a germé. Et par praticité, me rendant compte que si je voulais écrire sans retenue (pour cette fameuse cure visant la sobriété peu heureuse), j’allais très vite épuiser ce carnet que j’avais destiné pour l’été. C’est en achetant des grandes feuilles blanches (24*32cm) pour L. que j’ai eu l’idée un soir d’en utiliser une pour écrire, au lieu d’user péniblement ces petites lignes condensées.

Quelle liberté mon ami ! Quelle liberté de pouvoir s’étendre sur une telle surface. Je crois bien que la première fois, j’ai écrit pendant près d’une heure et demie sans m’arrêter. La nuit est tombée sans que je m’en aperçoive. J’ai eu le réflexe dans un mouvement de poignet endolori d’allumer ma lampe de chevet et j’ai poursuivi. On verra le résultat; j’espère qu’il y en aura un. J’hésite à laisser ces feuilles ici à l’attention d’inconnus qui seraient de passage aussi dans le coin et l’hôte de ces lieux, ou bien à les emporter pour continuer ce travail de longue haleine à la maison. MAIS :
Complication #1 : si Les Lignes du souvenir s’inscrivent dans le projet global de l’Écrivain clandestin, ce format n’est vraiment pas des plus adéquat pour travailler dans l’ombre.
Complication #2 : on ne peut donc pas rédiger ce texte n’importe où; or, il faut faire en sorte que les lignes soient les plus droites possible : oui, également un projet artistique, outre le projet littéraire initial engagé.
Complication #3 : pour que cela soit esthétique, mieux vaut ne pas oublier de mots, ni faire de rature ! C’est une gageure mais j’ai toujours eu l’habitude d’écrire sans faire de brouillon (au grand désarroi de ma mère, quand j’étais jeune et que c’était le temps des dissertations).
Complication #4 : l’encre. S’il n’y a pas de paragraphe distinct, on peut cependant voir des lignes de démarcation dues à la couleur de l’encre. L’astuce est de roder un peu le stylo avant de reprendre là où l’on s’était arrêté afin de limiter au mieux ces différences chromatiques. Non pas que les nuances me déplaisent, au contraire, j’adore voir ces bleus couler sur le papier, clair ou foncé, mais je recherche dans ce travail une certaine homogénéité. Pour un filet presque parfait.
Complication #5 : comme évoqué, plus j’avance et plus il devient fastidieux de maintenir le plan cohérent. Je m’autoriserai probablement l’une ou l’autre digression, comme dans tout roman j’imagine, mais j’espère qu’une fois arrivée à la fin, je pourrai sans difficulté me souvenir (c’est le thème) du début ! Ou bien, j’aurais peut-être oublié (c’est le thème aussi).

Aussi, pour pallier ces « complications », il y aura deux versions : l’une artistique (pour le plaisir des yeux et de créer), l’autre littéraire (pour le site), pour des raisons évidentes de lisibilité… LISIBILITÉ, n’était-ce pas le mot du début de ce carnet ?

JOUR
Retour au bercail. Retour à l’usine. Depuis deux jours, je sens cruellement la différence entre ici et là-bas. Ça pue. C’est irrespirable. Dans le métro, dans le train, les rues, les magasins. Ça pue la sueur humaine, l’urine, le poisson pourri, l’essence, les selles, le mauvais parfum, le maquillage rance, le papier cartonné, les journaux. Tout pue. L’odeur d’une colonie de bigorneaux desséchés et salés me paraît bien plus respirable.
Le temps passe différemment. Dans cet îlot de terre et de mer, j’étais en liberté. Je pouvais prendre le temps d’écrire et de ne pas penser. Je ne pensais pas au repos. Je me reposais. C’est exactement ce que dit Sollers en parlant de G. Gould. Quand il joue du piano, il ne pense pas qu’il joue du piano, il oublie qu’il joue. Il ne fait pas attention au son de la musique, il vit la musique, il est la musique. Là-bas, entre terre et mer, j’étais le repos. Sollers se demande si, pour écrire, il ne faudrait pas oublier qu’on écrit.
Ici, en plein coeur de la ville, entre les murs de béton, de calcaire, de ciment et de verre, les arbres ne donnent qu’une fausse impression de nature. Je ne m’y sens pas libre. J’ai l’impression d’être au milieu d’un Duplo ou d’un coffret de jeu Playmobil ou encore les Sim’s. Tout semble vrai, tout a l’air faux.
Par cette chaleur accablante, non éprouvée de la sorte au bord de l’eau, je ne peux ni écrire, ni courir. Je suis prisonnière. J’étouffe. On meurt dans cette galère.

Pour avoir la sensation de respirer ou de reprendre de l’air, j’ai craqué. J’ai pris mon téléphone, j’ai cherché ton nom, je t’ai écrit. Envie de prendre de tes nouvelles. Pas trop chaud où tu es ? Comment vas-tu ?

Me répondras-tu ? Me répondras-tu que tu vas bien, que je te manque (un peu). Je n’y crois pas. Je ne crois plus en grand-chose, si ce n’est à ce petit coin de paradis perdu que je voudrais retrouver au plus vite.

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