« J’ai lu tout Queneau » Ben mon vieux, quel culot ! t’es pas couillu, toi, j’aurais pu pensé quand il m’a sorti ça d’une traite. Mais non. J’avais pris cette affirmation à la légère en présumant que cela pouvait être vrai, sincère. Un homme comme lui, ça pouvait l’faire. Il en était bien capable le rigolo. Pourtant à l’époque, je ne le connaissais guère, on n’se connaissait pas encore très bien sur le plan humain. Au boulot, oui, à la guerre comme à la guerre, ça fonctionnait plutôt bien. Aujourd’hui encore, je ne sais pas si je peux dire que je le connais ou si je l’aurai connu, un temps.

« J’ai lu tout Queneau » J’ai pris cette phrase à la légère et pourtant, voilà que je me la trimballe depuis des années maintenant, sans savoir c’que j’allais pouvoir en faire. Je pourrais en écrire un roman.

« J’ai lu tout Queneau » Merde ! j’ai pensé. Comment j’vais faire pour l’intéresser ce nigaud ? J’l’aime bien avec son p’tit air intello… Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ? S’il a lu « tout Queneau », respect alors, on demandera à Zazie ce qu’elle en aurait pensé en prenant le métro, elle, qui cause, qui cause… Et ça pense aussi là’dans ? En tout cas, chez lui c’est certain, doit y en avoir dans l’ciboulot ! L’aurait p’tet pu travailler à l’Oulipo ce garçon, s’il avait lu « tout Queneau »…

« J’ai lu tout Queneau » N’empêche, ça m’étonne pas d’ce gars. Il a dû lire le Chiendent alors, lui qu’adore causer d’la chienlit. La grande débâcle du monde ! Révolution ! Bande de petzouilles ! Saligots démagos ! Moi j’aimais bien l’temps des coco ! On vous forçait pas à acheter dl’huile de coco et à repeindre vos murs avec ! À cette époque, j’savais d’où ils venaient mes haricots ! de mon jardin ou du voisin ! Ah mes connards de voisins ! les autres, pas ceux qui m’vendent leurs fèves, ceux qui m’volent mon oseille à force de me traîner chez leurs avocats pourris ! Les enfants font trop d’bruit, les abeilles aussi ? Mais laissez-les tranquilles, non d’un chient ! Dégagez-moi ça, vermine ! fumiers ! Nan mais sinon, c’est un brave type. J’aime bien quand c’est la révolution dans sa tête (dans son caleçon aussi).

« J’ai lu tout Queneau » C’est sûr que j’ai pensé à Mallarmé, pensez-vous ! ça n’a pas loupé. « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. » Il a lu « tout Queneau », grand dieu ! c’est pourquoi il s’est engouffré dans ce métro de libido, tramway nommé désir qui passait juste devant lui à la sortie du boulot. Métro, boulot, libido. Comment est sa chair, à présent ? Revigorée ? Brûlante, consumée ? En cendre, à feu et à sang, à vif ? À brûle-pourpoint je dirais qu’on s’est bien trouvé. Il avait lu tous les livres, alors que moi, je n’en avais encore lu aucun. Quelle belle chair fraîche, pure, vierge, nue, je lui proposais donc ! Un vrai buffet. Tu parles d’un festin qu’on s’est fait ! Mon pygmalion, ô mon amour, c’en était fait de nous !

f.

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