Cher F.,

Cela fait bien trop longtemps que je ne me suis plus assise à une table et n’ai entrepris de t’écrire proprement et sagement (enfin, tout est relatif…). Lorsque je reprends mon carnet, c’est comme si je te reprenais dans mes bras, c’est comme une douce étreinte que j’aurais attendue depuis longtemps. C’est un instant de vie que je suis seule à pouvoir comprendre et à en apprécier le sens. D’un autre côté, tant mieux, puisque c’est un moment que je partage seule avec moi-même.

Je t’ai encore écrit il y a deux semaines, mais je ne t’ai rien envoyé. Ce sont des lignes que je réserve exclusivement pour L’estampe (une déviation du projet d’écrivain clandestin dont je t’ai déjà parlé). Je ne vais pas revenir dessus pour le moment. Je voudrais juste partager avec toi les émotions qui m’ont traversées pendant ma dernière séance de yoga.

Cette séance de ce matin était magique. Comme un prolongement de ce que nous avons vécu l’autre jour. Beaucoup d’images et de pensées sexuelles m’ont accompagnée tout au long de la séance; elles m’ont traversée tout autant le corps que l’esprit. Depuis la fois dernière, je n’arrivais pas à me défaire d’une tension prenante, magnétique et mouvante dans mon ventre. Je ressentais une pression persistante à la lisière du vestibule, au bord des lèvres, un peu comme un petit tambourin en action. Oh, rien de vraiment désagréable, mais disons que c’était inconfortable car je ne savais comment faire passer cette étrange sensation post-coïtale. Jusqu’à ce matin où les exercices de respiration m’ont permis de réaliser un effort de visualisation et un travail de diffusion. Je devais observer mon souffle se promener du sommet de mon crâne jusqu’à la pointe des pieds. Cette concentration et ce double effort mental et physique m’ont permis de canaliser mon désir (criant) sexuel que je parvenais difficilement à maîtriser.
kundalini

Pourtant, au cours de la première partie du kriya (c’est comme ça que notre enseignante appelle la pratique, les exercices de yoga), je n’avais qu’une seule envie majeure et puissante, une envie envahissante et parasitaire, même : celle de me toucher, d’aller trouver cet aimant radioactif dont je n’arrivais pas à me détacher. J’avais envie d’aller mettre ma main toute entière sur mes lèvres, juste de la poser et de sentir ces battements du cœur insistants, et puis de la plonger dans ce gouffre appelant et balbutiant. Pour m’en empêcher – tu penses bien que ça aurait fait désordre de me masturber en pleine séance – je m’efforçai de garder ma main sur mon ventre et d’accompagner chaque gonflement de l’abdomen : je devais absolument focaliser mes pensées sur ce geste naturel (naturel alors que cela me coûtait un effort considérable de « respirer correctement »), me focaliser sur ce flux indispensable pour être dans un état dit de « pleine conscience ». Et j’y suis parvenue. J’arrivais à être moi, à me sentir totalement moi – mes membres, mon corps dans une intégralité parfaite, reposant en équilibre sur la terre, j’arrivais même à me sentir en moi.

Mais malgré tout, dans cet effort personnel, tu m’apparaissais, si clairement. C’était comme si j’étais connectée à toi, constamment, malgré tous les efforts de détachement que je tente de provoquer et de prolonger. Mes mains sur le ventre me reliaient à toi. M’imaginer en train de me toucher, d’aller et venir avec mes doigts renforçait ta présence, décuplait mon désir de te voir apparaître au-dessus de moi, dépassait mon désir de recevoir ton être. Je ne me touchais pas, or je me sentais exaltée par cet acte de pénétration sublime, que je sublimais, j’en étais consciente, par la seule pensée.
Après une série soutenue de battements de jambes, je sentis ta verge s’insérer et toutes les vibrations dirigées le long de ma colonne, de la nuque à l’anus. Ces sensations étaient ressenties de toutes parts, intérieurement, extérieurement. Et je te voyais, là, présent, dans le mouvement, tes yeux ancrés dans les miens. Je voyais tes petits muscles se contracter, ta peau se tendre, ton corps tressaillir… Nous étions si… réels !

Et tu t’éclipsais, comme tu étais venu. Et je reprenais conscience de mon corps, de mes gestes précis, à l’écoute de notre guide. Je regardais mes muscles se contracter, je sentais ma peau tantôt se plier, tantôt se tendre, je dessinais mentalement chaque contour de mes abdominaux qu’il me plaisait d’admirer sous l’effet de l’effort.
Position allongée, toujours. Venir saisir ses fesses et faire des battements en alternance. Mes fesses étaient fermes; j’avais rarement l’habitude de les prendre, de les toucher, ne serait-ce que de les effleurer. C’est étrange. Alors que c’est mon corps, j’en prends si rarement connaissance. Ce matin je prenais du plaisir à les empoigner, à m’en servir d’appui ou de levier. Mes mains traçaient leurs courbes, et c’est à ce moment-là que tu as ressurgi et que tu t’es immiscé de plus belle entre mes cuisses. Tes mains ont remplacé les miennes. Elles ont épousé lentement mes fesses en mouvement. Tu les as soulevées, tu m’as rapprochée de tes hanches, et je t’ai vu pencher la tête vers mon sexe totalement ouvert, à ta merci, lèvres béantes et luisantes; mon sexe d’ailleurs te disait merci. Je t’accueillais comme une fleur accueille le soleil et la pluie. Et tu t’es mis à me lécher, tranquillement, comme si tu descendais une rivière paisible mais dont la source abondait. Tu me léchais comme on prend du plaisir à lécher une glace ou une pomme d’amour jusqu’à en faire fondre son caramel. Je pouvais ressentir tout l’amour que tu me donnais et que je te donnais en retour. Ta langue se contentait de me polir amoureusement, de choyer ce bijou de chair que je t’offrais, et ta bouche de boire ce nectar de fièvre, de sel et d’eau, avidement.

Puis tu es reparti, j’ai dû te chasser pour l’exercice d’après. Ce rythme de chasser-croiser a duré une heure et demie. Moi, toi, nous, moi, mon corps, notre amour. C’était troublant. C’était magique. J’ai aimé te revoir. J’ai aimé ressentir physiquement ce liquide couler sur mes lèvres, tes mains saisir mes fesses, revoir tes yeux opalescents transcender mon regard et sublimer l’acte nous unissant. Tout cela, pendant que j’étais seule avec moi-même. C’était la magie de la Kundalini, je crois, pour te croire si présent. C’était une expérience surprenante par son caractère antagonique : j’ai vécu une forme de séparation-fusion qu’il me tardait de te raconter, tant je la trouvais forte et révélatrice de ce que nous sommes.

À toi,

f.

7 réflexions sur “YORGASMIQUE

  1. L’appel à l’étreinte est brûlant. Une étreinte intégrale, celle qui propulse à des altitudes insoupçonnées. Celle qui ne s’imagine même pas tant l’immensité n’est pas mesurable.
    La Kundalini ne peut pas être cartographiée. Elle s’expérimente comme un explorateur dans une terre inconnue. Et chaque étreinte qui agrandit le territoire devient à son tour la nouvelle limite à dépasser. Rien n’est fini, tout est encore possible.

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