Mon Amour,

Dans leur incrédule persistance ces mots ont-ils encore leur pertinence ? Bien sûr. En tout cas, ils ont encore leur place dans ces lettres que j’écris encore avec beaucoup d’amour, beaucoup, beaucoup d’attention (et d’attention morte) à ton égard. Car je t’aime toujours. Le sais-tu ?

Là où tu es désormais, fais-tu le vide ? Parviens-tu à faire de la place entre vent et marée, entre chaos et turbulences ? As-tu réussi à « mettre les choses à plat » comme tu le désirais ? C’était ton intention. Elle était noble. Elle est, elle, pertinente, nécessaire même.

Je n’ai pas pu t’écrire davantage pendant ces semaines. Le temps a filé vers d’autres priorités pour entourer d’autres personnes, puisqu’il devait en être ainsi en cette période de Noël et du Nouvel an.

Plusieurs fois j’ai pensé (déjà, prématurément) à ce moment dans un an, avec toi.
Plusieurs fois je les ai envisagés, ces instants d’amour vécu, pleinement.
Plusieurs fois, je me suis ravisée, alors que rien n’est fait, alors que tout n’est que projection, une vue de l’esprit; c’est donc stupide de dire que je me suis ravisée. Mais c’est ce qui convient pourtant de dire. Plusieurs fois j’ai voulu revenir sur mon idée, sur cette folie.

J’aurais aimé recevoir ce, ces mots de toi, qui m’auraient permis de nourrir cette idée, de faire germer cette folie, dans un mois, dans un an. Mais, rien. Seul le vide et l’inconscient sont parvenus jusqu’à moi; à moi d’en faire ce que je veux à présent. La décision me revient.

Même en ce premier janvier, j’attendais ton message pour la nouvelle année. « Bonne année ». « Ah oui, c’est ce qu’on dit », t’aurais-je probablement répondu d’un ton détaché.
Non, je ne l’attendais pas. Je n’attendais rien puisque même moi je n’en ai pas écrit un seul. Pas même à toi. Je n’ai souhaité mes vœux à personne ce jour-ci. C’est absurde et profondément égoïste de souhaiter « ses » vœux. On souhaite que les autres puissent en avoir, et à la rigueur, qu’ils les réalisent, ça oui. Mais dire « Mes meilleurs vœux », c’est prétentieux et hypocrite. Ah, ah, oui, tu as raison, je suis très cynique. J’en avais envie. Je ne peux pas m’en empêcher.

Mais aujourd’hui je ne veux rien. Le silence règnera. Je ne veux pas revivre le nouvel an de l’an passé. Je ne veux pas relire ton message du nouvel an d’il y a deux ans. Que de banalités perdues. Ces formalités, on s’en passerait quelque fois volontiers. Je préfère encore celui de l’an passé, message pathétique, triste, désolant. NON, je ne t’avais pas oublié ! OUI j’avais ardemment envie de te revoir, de te sentir, de frôler tes doigts tout frêles. NON je n’avais pas envie de tout effacer à coup de nouvelle année et de résolutions vaines, vannées ! Ce que tu étais naïf !

Cette année, je voudrais me construire. Je voudrais… (attention, le vœu prétention arrive)… Je voudrais nous construire. Comme ces Lego®. Indémodables mais évolutifs, résilients. Intemporels et résistants. Transformables à souhait, sans pour autant être malléables. Nous ne changeons pas. C’est bien inutile ces balivernes de début d’année. Ce n’est fait que pour consoler ou rassurer des esprits frivoles, fragiles, sans contenance. Sans ténacité. Nous avons le caractère que nous avons. Mais nous pouvons agencer nos briques autrement. J’en suis persuadée.

Ne m’écris pas pour la nouvelle année. Cela ne te ressemblerait pas. Pour le coup, j’aime que tu restes fidèle à tes émotions, à tes envies, à tes embarras, à tes répulsions. C’est ce qui fait que tu es toi.

À TOI,

f.

jan-frans-de-boever-les-pommes

Eh bien, me voici tout chose. Me voilà bien surprise. Finalement, tu m’as écrit. C’est toi qui m’as écrit. Cela faisait presque un an que je n’avais pas reçu de nouvelle écrite de ta part. Tu imagines mon étonnement, en lisant ton nom en en-tête, dans cette e-boîte aux lettres.
C’est drôle de se sentir bête et heureux en même temps. J’étais en colère contre moi-même d’avoir écrit ce premier jour de l’an que tu ne m’écrirais pas. J’en étais tellement persuadée. Pire, que je ne voulais rien recevoir de toi. Mais cette simili colère s’est vite transformée en joie. Un petit feu de joie a pris soudain en moi. Le plus excitant, c’était que je ne pouvais pas te lire au moment où j’ai reçu ta lettre. Je pouvais seulement me contenter de ce fait-là : tu venais de m’écrire. Tu avais pris la peine de jeter tes pensées et de me les envoyer au moment même où j’écrivais ma peine et ma désillusion dans mon premier courrier de l’année. Quelle aubaine ! Peu importait alors ce qu’il y avait à lire. Bonne ou mauvaise nouvelle. C’était toi. Cela venait de toi, de ton petit cœur tout froid, tout humide, tout fripé ou peut-être tout chaud, ardent, revigoré. Et tu l’avais fait parler. Tu avais fait couler ton coeur, tu l’avais fait crier, s’exprimer, à mon attention.

Comme je t’aimais à cet instant-là. Encore plus que je venais de l’écrire. Comme je te le disais : je t’aime toujours.

Alors, j’étais dans l’attente. Sans savoir ce que tu me racontais. Sans connaître le fond de ta pensée. Sans savoir la gravité ou la béatitude de tes propos. J’ignorais tout. J’étais heureuse. Sereine malgré tout.

Ce soir, je suis bien mal en point. J’ai froid. Je respire à peine. J’ai des maux de dos. La grippe veille. J’espère qu’elle va déguerpir vite fait bien fait, celle-là. Cependant je tenais à t’écrire. Sous couverture, comme d’habitude. Mais cette fois-ci, je suis vraiment dans un sale état. Je préfère quand je suis dans un état second. Quand j’ai pensé à toi de tout mon être et que mon corps chavire et se confond avec les draps, le matelas, l’édredon. Oh oui, je préfère de toute évidence ces frissons-là. Ces tremblantes sensations paralysantes, étourdissantes…

Je voudrais les éprouver encore. Je voudrais m’offrir à toi. J’ai hâte de pouvoir te lire enfin. Te lire, c’est comme jouir dans un dernier éclat, dans un dernier soupir de vivacité. Je te répondrai si ta lettre attend quelque mot de moi.

IMPATIENTE,

f.
peinture : LES POMMES, Peinture de Jan Frans de Boever

2 réflexions sur “01.01 / 02.01

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