

Dieu :
– Well, well, qui voilà ?
Odile :
– Enfin, Dieu, vous savez très bien qui je suis…
Dieu :
– Bien entendu, ce n’était pas la question. Odile, que faites-vous ici ? Ce n’est pas votre heure à ce que je sache, et, … non mais regardez-vous, qu’est-ce que c’est que cet accoutrement ? Non vraiment, ça ressemble presque à une blague.
Odile :
– Vous n’aimez pas les ballons ? Il paraît que c’est votre anniversaire en plus… ne niez pas ! Max-Louis a vendu la mèche !
Dieu :
– Je parlais de votre tenue, Odile,… ça a l’air vieux jeu ce que je vais vous dire mais, on ne se présente pas dans cette tenue ! pas à Dieu !
Odile :
– Et vous ne dites rien au sujet des ballons ? Je manque de me brûler les ailes pour toucher le Ciel, et tout ce que vous avez à me dire c’est « c’est quoi cette tenue ? »
Dieu :
– D’accord, sujet brûlant, ça va, j’ai compris. Qu’est-ce qui vous amène dans cette… euh…Qu’est-ce qui vous amène donc !?
Odile :
– Aujourd’hui musique ! Pas de place pour les conventions, tout pour l’instrument, le son, les vibrations, et… le sexe, bien entendu !
Dieu :
– Je me disais bien…
Dieu, faussement, inutilement dissimulé dans sa barbe : allez, arrête de mater ses nichons, concentration… une profonde pensée philosophique, là, tout de suite maintenant, Pascal, Lacan, quelqu’un ? Nan, Freud, pas toi…
Odile :
– Vous êtes avec moi ? On dirait que l’Univers vous échappe, c’est un rien flippant quand on vous voit de près comme ça.
Odile s’avançant dans une succession de bruits, claquant des doigts – clac, clac, clac !
Dieu :
– Je vous écoute ! Je vous écoute !
Odile, prenant une grande inspiration :
– Cher Dieu, le monde va mal, alors que vous l’avez conçu si beau. Vous lui avez tout donné : les éléments naturels, le vivant et le non-vivant, et parmi ce vivant, l’Homme et sa chair, l’Homme et ses dons. Cher Dieu, votre Création est une merveille. Et pourtant, d’Abel et Caïn, d’Adam et Eve, de quoi héritons-nous ? ou plutôt… de quoi héritez-Vous ? Oui, VOUS ? Lorsque vous rappelez ceux que vous avez engagés sur Terre (pourquoi les avoir engagés d’ailleurs ? parfois, on se le demande, mais… c’est votre choix, hein…), y en a-t-il seulement un qui vous le rend bien ? Y en a-t-il un, parmi tous ces individus (dont je suis sûre vous n’êtes pas fier) qui vous offre avant de franchir cette barrière quelque chose sans rien attendre en retour de Vous, pas même le salut ni le pardon ?
Dieu :
– Je ne me suis jamais posé la question… Mais, ils attendent tous quelque chose, ça c’est sûr !
Odile :
– Eh bien moi, je n’attends rien, voyez-Vous. Vous l’avez dit vous-même, ce n’est pas mon heure. Mais aujourd’hui à midi pile, ce sera la Vôtre ! Je suis venue vous livrer en avant-première un concert intitulé SEXE-TROP-NIQUE ! Il n’y a pas de raison de laisser le sexe s’ébattre, dégouliner entre les corps et dans les arts, excepté dans la musique classique ! Vous comprenez ? Aussi, cher Dieu, je vais jouer pour Vous ce qu’il y a de plus originel : l’origine du monde et sa nudité, avec toutes les parts de crudités qu’elles contiennent, leurs mouvements, leur intensité.
Dieu :
– Je… Je ne sais pas quoi dire, c’est… inattendu. Un concert privé ? Jamais je n’ai assisté à cela. Pourtant je vois tout. J’entends tout. Mais dans ce moment présent, je … je ne vois et n’entends que vous. C’est très curieux ça… comment avez-vous fait ? Odile…
Odile avait terminé son élucubration et ne prêtait plus attention à Dieu. Midi avait sonné, et elle avait saisi son instrument pour ne faire qu’un avec lui.
Dieu ne cherchait plus ni pensée philosophique ni aphorisme. Il vivait pour la première fois de toute son existence (et dieu savait qu’elle était longue, … longue… longue…), il vivait donc pour la première fois un moment singulier, d’une beauté rare qu’il se surprenait lui-même à contempler dans son propre égotisme. Ce qui ne pouvait être. Dieu se surprenait à jouir d’un être et de tout ce qui émanait de lui. Ainsi la musique l’avait ramené à la condition humaine… pour la seule et unique fois de Sa vie.
Quand la musique cessa, Dieu revint à Lui.
Odile :
– Cela vous a plu ?
Dieu :
– Je n’ai rien connu de pareil. C’est comme si… vous étiez parvenue à …me toucher ! Personne ne peut toucher Dieu (même Michel-Ange dans sa propre Création d’Adam n’a pas réussi !), mais vous…
Odile sentit une brise légère sur sa joue. C’était le baiser que Dieu lui rendait en échange de son geste désintéressé. La brise prit de l’ampleur et le vent s’engouffra dans les ballons, emportant Odile pour la ramener sur Terre. Odile oublierait, mais Dieu… Jamais ! Et il ne manquerait pas de lui rappeler ce moment fabuleux quand son heure viendrait.
f.
Ce récit vous a été présenté sans audiodescription (désolée, empêchement technique, et ordre de police contre la diffusion d’indécence) pour l’Agenda ironique de janvier 2026 organisé par Jobougon. Voir l’historique et les consignes cid’sous :
Comme le résume si bien Carnets paresseux qui vient de clôturer gueule toute haletante le dernier agenda renardataire de décembrier ou déjanvier, les choses sérieuses reprennent (God, no! rien de sérieux j’espère), avec l’AI du vrai janvier hébergé par Jobougon. « Et l’esprit subtil de Jo nous « propose donc d’aller interviewer Dieu. De le faire comme on veut (encore heureux!), chanson, hymne, conte, prière (et pourquoi non ?), roman, poésie, voire même (soyons fou !), dialogue…Mais (car il a un mais) faudra glisser en icelle interview « au moins quatre de ces neuf morceaux de phrases à votre convenance et dans l’ordre qu’on voudra. L’ordre d’arrivée dans les textes de ces bouts est toutafé relatif.
Voici ces bouts de phrases, extraits des 366 réels à prise rapide de Ramond Queneau : « Aujourd’hui à midi pile ; ça ressemble presque à une blague ; succession de bruits ; comme un avis à la population ; cherche toujours ; sujet brûlant ; profonde pensée philosophique ; ça a l’air vieux mais & pas de place pour ».
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