Cher F., Est-ce que je peux te parler de tes mains, ce soir ? Tes mains, qui m'ont parcourue pendant tous ces jours et toutes ces nuits, tes mains, qui se sont arrêtées sur toutes les parties de mon corps, des plus ouvertes aux plus secrètes, même dans ces endroits où l'on ne passe jamais…

Je décolère. Je ne pèse plus mes mots Ceux-ci sortent de terre Fuyant l'éternel caveau Je me raccroche à ta pensée Qui seule peut donner assez d'eau À cette plume cette plante cette pierre Mortifère autrefois trop souvent Ce soir je suis neuve Tirant un beau trait solennel Sur une âme veuve d’antan Je m'endors.…

Ton silence après l'amour me plonge dans un rêve solitaire : je sens encore ton membre et ta bouche solidaires, allongée sur le sol de confettis recouvert, petits morceaux éparpillés de bonheur qu'on balaye, d'un seul coup d'un seul comme des draps qu'on retire d'un geste ferme, c'est tout à coup l'éternité qui est éphémère.…

Cher F., J'aime toujours autant t'écrire. T'écrire c'est vivre, pour reprendre la citation de Marina Tsvetaeva. Même pour ne rien te dire. Comme aujourd'hui. J'ai pris toute la pluie. Ce soir je l'ai accueillie. Toutes ses gouttes. Toute sa fraîcheur. Toute son humidité moite. Toute sa force. Elle a lavé mes pieds meurtris d'immobilité de…

Cher F., C'était beau, nous deux, ce soir. C'était beau nous deux. Cela veut dire quoi ? C'est simple, cela va tenir en une lettre, celle-ci. Aujourd'hui, j'ai ma petite mèche rebelle, comme Proust avait la sienne. Cette mèche rebelle, comme elle est belle ! Elle te fait signe et t'invite à suivre sa courbe…

Cher F., Oh, tes mots, tes doux mots. Ils me font tellement de bien. Encore plus de bien quand je ne m'y attends pas, quand je crois que je dois faire jouer l'amnésie, quand je crois que je dois faire semblant d'oublier. Tout oublier. Pourquoi l'autre chante que ce n'est plus la saison du spleen…