Cher F., Est-ce que je peux te parler de tes mains, ce soir ? Tes mains, qui m'ont parcourue pendant tous ces jours et toutes ces nuits, tes mains, qui se sont arrêtées sur toutes les parties de mon corps, des plus ouvertes aux plus secrètes, même dans ces endroits où l'on ne passe jamais…

Je décolère. Je ne pèse plus mes mots Ceux-ci sortent de terre Fuyant l'éternel caveau Je me raccroche à ta pensée Qui seule peut donner assez d'eau À cette plume cette plante cette pierre Mortifère autrefois trop souvent Ce soir je suis neuve Tirant un beau trait solennel Sur une âme veuve d’antan Je m'endors.…

Ton silence après l'amour me plonge dans un rêve solitaire : je sens encore ton membre et ta bouche solidaires, allongée sur le sol de confettis recouvert, petits morceaux éparpillés de bonheur qu'on balaye, d'un seul coup d'un seul comme des draps qu'on retire d'un geste ferme, c'est tout à coup l'éternité qui est éphémère.…

Cher F., J'aime toujours autant t'écrire. T'écrire c'est vivre, pour reprendre la citation de Marina Tsvetaeva. Même pour ne rien te dire. Comme aujourd'hui. J'ai pris toute la pluie. Ce soir je l'ai accueillie. Toutes ses gouttes. Toute sa fraîcheur. Toute son humidité moite. Toute sa force. Elle a lavé mes pieds meurtris d'immobilité de…

Enfin rentrés. La pesanteur nous tombe dessus comme un coup de massue. Il faut rester éveillés jusqu'à ce soir, même si nous avons très peu et trop mal dormi durant ce vol de nuit. Le décalage horaire va encore me coûter quelques jours, mais sans doute moins qu'à l'allée. L. est excitée comme une puce.…

Il règne un calme étonnant dans l'appartement. R. a ses écouteurs. L. mon casque sur les oreilles. Moi j'ai levé le nez de mon bouquin et j'écoute la cloche de l'église, qui sonne 18h je crois, le vent qui traverse la pièce en long et en large (je te parlais des courants d'air...) et le…