Cher F.,

J’écoute ZAZIE.

Qu’est-ce que tu fais ? Comment tu vas, toutes ces questions – truisme anodin, pensées acariennes. Mais je pense à toi. Je me sens prisonnière, alors j’écris comme elle. Le temps est gris. Le printemps prématuré a pris ombrage. L’orage pourtant ne se montre pas. Il fait comme s’il n’était pas là, même si on le voit. Il est coléreux, faussement timide, sournois. J’aimerais que tu sois là. J’aurais voulu que tu appelles à l’aide. Toi aussi, tu es prisonnier. Prisonnier de toi-même. Tu ressembles à un arbre au désarroi, qui étouffe de ses propres racines asphyxiées, asphyxiantes.
J’écris mille contradictions, je suis envahie de mille et une chansons, je dors mais je ne dors pas. Je pense au chat de Schrödinger. Je ferme les yeux mais les rêves ne viennent pas. Les cauchemars sont… je ne sais pas. Est-ce qu’ils sont cauchemars ? Qu’est-ce qu’ils sont ? Est-ce qu’ils sont de moi ? Viennent-ils d’un autre univers ? Ils me donnent chaud, ils me donnent froid. Ce sont des ombres invisibles qui s’attardent toujours ça et là, tantôt régulières tantôt aléatoires. Mais elles sont là. Aléas de la nuit. Malheureuses insomnies.
Est-ce que ton chat miaule, se love contre toi ? Tu me l’as décrit comme une femme qui se chauffe au frottis frotta de ton torse. Jalouse d’un chat. Il est bien vivant, lui. Vivant avec toi. C’est comme ça. Jalouse d’un chat, tu le crois ? Moi pas. Mes paumes se sentent seules, elles attendent le retour de ton visage violenté, ta peau de poupon, ton échine qui a mal, tes fins poils, ton érection victorieuse, ta joie grave, ton minois bleu roi. Mon corps, comment dire ? Il se meut péniblement entre deux feux, il est épris d’envie et d’amertume, de jeu et de dégoût, d’intimité et d’extériorité. Il cherche à s’extraire, à se taire, à évacuer, à intérioriser, à hurler, à murmurer. Mon cahier est un phare qui le ramène au port lorsque ma main s’égare. Mais l’esprit dérive, c’est pour un mieux, c’est pour un mal.
L’iris empli d’étoiles, je te désire instamment. Mais le fast love n’existe pas. Heureusement ! Il serait mis au rebus directement. L’encre est tiède mais l’étain brûle. Il y a de ceux qui sont de l’amour SM, moi je vis d’amour Sn. On fait avec ce que l’on a. J’ai toujours pensé qu’il y avait de la chimie derrière tout ça, « tout », c’est-à-dire, toi, moi, la liaison directe, sans détour ni raccourci, les atomes seuls, crochus et bien accrochés, parallèle des multivers. Pensée égocentrique ? géocentrée, tu crois ? Amour indivisible, ébouillanté, superposé. Réanimation calibrée, un peu de bouche à bouche auto accordé, et le tour est joué. Me voilà ressuscitée. La théorie des cordes illustrée. Belle prouesse d’amour quantique mais… que cela ne te désengage pas ! « Combien de jour avant l’amour ? » chante-t-elle. Je te le demande.

Si j’arrête d’écrire, est-ce que je meurs ? Si tu me lis, est-ce que je vis ? Tire sur ma cordelette, et mon cœur cherra.
À toi,

f.

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