Attends. Attends… Attends-moi. At…-tu viens de t’abandonner au sommeil, guerrier. Maintenant, tu transpires… Tu commences à évacuer les tensions de la journée. Ton corps est une machine. Tes pensées en pagaille soupirent, et se frayent un chemin dans l’ombre, et tu te joues des secousses nocturnes. La nuit est ton refuge, un abri où tu navigues à vue sur des flots… incertains, disons.

Là,… Là, un passage s’ouvre à toi : est-ce l’inconnu ? La nuit te connaît, mais toi qui la côtoies jusqu’à la fin tu ne la connais vraiment jamais. Tes pensées, où s’en vont-elles ? Elles te mènent dans ce gouffre où tu te laisseras prendre au piège de la sagesse de chiffon qui luttera tout le jour aux côtés des folies – tes démons – qui gouvernent tes maux.
Marin sans boussole tu t’éloignes de moi, tranquillement. Tu t’es retourné, docilement.

J’ai cru à mon tour pouvoir fermer les yeux. Mais les yeux se rouvraient. J’ai cru pouvoir me blottir contre ton corps nerveux, rêveur, en train de cauchemarder, sagement, gentiment, sans peur. Mais c’était croire que je pouvais m’endormir par procuration. Tu… Je bâille. Je m’aère le cerveau. Étrange nature. Je veux dormir. Je me réveille. Tu commences à brûler. Sans bouger. Ta nuit est, en à peine un quart d’heure, déjà bien entamée.

Et pendant que sous tes paupières fauves il faisait nuit noire, ma nuit blanche débutait : je remettais – pourquoi ?, pourquoi ? – le repos à plus tard. Pourtant je sentais par moment – moment d’égarement – que mes paupières aussi vacillaient. Elles voulaient elles aussi se reposer. Mais les mots alors s’écriaient : « lâchez les fauves ! « , les fauves, c’étaient eux ! Bougres. Complot de la nuit.

J’ai senti la marée monter, monter,… Elle était là, à mes pieds, puis naturellement elle repartait, me laissant, moi et mes mots. Ils flottaient, fomentaient, impatiemment. Je les voyais qui me relevaient. Alors,… alors, tandis qu’ils se heurtaient à la contradiction, qu’ils se cognaient lentement les uns aux autres, je changeai de position. Les berner ? Illusion… Illusoire !

J’ai replié les genoux, subtilement, défait les draps sans faire de vague pour que tu ne ressentes pas le froid des remous, ces draps qui me collaient sous la chaleur qui de ce corps en feu émanait. Même le chat ne pouvait rester près de cet humanoïde volcan. Pourtant, pourtant… je lui ai murmuré combien de caresse il me fallait pour trouver l’apaisement. Il a daigné quand même passer la porte, s’est dirigé vers moi, et dans un élan maîtrisé il est venu sur le matelas, mais je n’ai pu le caresser qu’une fois. Moi – 0 – Chat – 01. Tu penses bien, il savait que ce que son maître pouvait apporter, il ne pouvait aucunement le combler. En effet, c’était le maître seul, marin ensommeillé, que je désirais. Tendrement.

Le chat me niant, les mots me guidant, ta peau me rejetant, en silence et gracieusement, je me suis levée, féline, le pas souple et léger. Le parquet craquait. La maison dormait. Je veillais, à présent. J’allais pouvoir t’écrire comme il me plaisait.

f.

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