Pour lecteurs avertis.

Cher F.,

J’ai joui. Je suis allée endurer mon corps pendant une heure. De bonnes petites foulées. Des bonds, furibonds. Le soleil tapait. Je suis allée me réfugier sous les arbres du côté du K. où nous aimions aller nous balader, seuls,  toi et moi. Ce fut un doux épuisement à l’arrivée. Je me suis douchée. Je dégoulinais sous eau. Je sentais davantage l’ondée sudoripare que celle de la douche. Un régal à 37,5 degrés. Je repensais à nos corps mouillés dans les forêts du Costa Rica. J’ai bu mon verre de lait protéiné, repensé à ta bouche crème, et je me suis couchée. Comme toi, j’étais dans du coton. Mais pas de la même façon. Je souhaite que ta migraine soit passée.

Avant le réveil, dans la nébuleuse, j’avais besoin de moi, de ce corps éthéré, un peu endormi encore mais trop en éveil pour le laisser continuer dans son assoupissement paisible à l’excès. C’était agréable de lécher mes doigts (juste deux, pas besoin d’en faire trop) et de les porter ensuite là, en bas, sur la queue invisible de ma petite cerise, la dénommée, l’acidulée sucrée, puis tout du long de l’arbre de vie. Les parois intimes étaient paisibles aussi. Douces. Oh oui, douces. Et vives ! Un climat propice à la mousson : c’est devenu plus humide chaque fois, un peu plus délicieux chaque fois. Chaque bouchée de doigts, légère, légèrement appuyée, me faisait trembler, intérieurement. «Un intérieur. Magie du terme quand il s’agit d’un écrivain», écrit D. Rolin. Magie du terme pour celui qui jouit. CELUI = épicène, l’humain. CELLE n’est pas en reste, mais les linguistes se trompent de guerre. Ils ne comprennent rien. Les genres se font la guerre. La différence a de tout temps divisé. L’ingérence linguistique ne devrait pas être tolérée. La langue ne devrait pas s’en mêler. Nous avons tous la même, le même appendice. Tu penses comme moi; je le sais.

J’en reviens à mon intérieur, ma géographie, mes gestes. Extérieurement, tu n’aurais vu que de faibles petits mouvements de draps ça et là. Rien de plus. Mais à l’intérieur de mon corps, l’extase prenait place. Comme un champ magnétique s’élargissant, répandant d’erratiques ondes, ce courant électrique. Assez vite, je me liquéfiai, comme une glace qui cède dans sa densité et sa fermeté sous les coups de langue (la revoilà) répétés. Ce fut bon. Très bon. Je dédiai dans l’ivresse cet extase – un geyser – ce moment de plaisir intense dans sa force et sa soudaineté, à toi. À toi que j’aime éperdument, que je sois loin ou simplement à côté de toi, à te regarder dormir. Comme je te le dédiai, j’eus l’envie d’écrire. «Écrire, c’est aimer. Écrire, c’est être aimé.» (D. Rolin, toujours elle, ma partenaire volée). Aussi il me parut naturel, subséquent, essentiel, de bon augure d’entamer ma lettre ainsi. Qu’en penses-tu ?

Je t’aime, je t’embrasse à l’infini. Dans le plus vif et éphémère infini qui soi, ce brasier… !

f.

P.S. : «Qu’est-ce qu’une année sinon le volume infini d’une pincée de secondes ?» (oui, toujours elle…)

4 réflexions sur “La mousson

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