Un dessin vaut mieux qu’un long discours. Voici la présentation succincte et illustrée d’un ouvrage mêlant mots et croquis intitulé JE PENSE. Découverte au hasard lorsque je déambulai dans une bibliothèque. Ce sont des textes simples et courts, des lignes de pensées allant et venant comme des vagues au fil des pages. Les portraits qui les accompagnent sont tantôt en noir et blanc, tantôt teintés de rouge, comme cette femme au chemisier qui m’a particulièrement plu. J’en ai refait le portrait, à la plume en utilisant deux types de bleu.

Pour les textes, l’auteur couche sur le papier l’existentiel sans le rendre plus lourd qu’il ne l’est. Il réussit d’ailleurs à rendre parfois léger cet existentiel. C’est pour cela que j’ai aimé parcourir cet ouvrage. En voici deux extraits :

« Penser, penser…
Je voudrais traverser à gué ma propre matière grise,
redresser ici et là un nerf déformé,
rattacher des bouts cassés,
ramasser des cellules abîmées,
opérer d’autres connections [sic] encore puis m’enfoncer
dans mes belles pensées toutes neuves
et vérifier ce que je sais toujours et ce que je ne sais plus.
Je tomberais des nues. Mon cerveau aussi d’ailleurs.
Mais peut-être que rien ne me surprendrait plus
et que je ne trouverais plus rien étrange.
« 
(p.17)

«Je pense qu’il me manque quelque chose. D’ailleurs, j’espère qu’il me manque quelque chose. S’il ne me manquait rien, la vie serait terne, morne, moche, amère, rance, rêche, fade, sale, sèche, chiche, vide, insipide. Pour ne citer que quelques adjectifs. Mais qu’est-ce qui me manque alors ? Quelque chose qu’un autre possède sans en avoir conscience ? Je ne sais pas.»
(p.71)

Textes : Toon Tellegen
Portraits : Ingrid Godon

8 réflexions sur “Je pense donc je dessine

  1. « S’il ne me manquait rien, la vie serait terne, morne, moche, amère, rance, rêche, fade, sale, sèche, chiche, vide, insipide. »
    Étonnant comme justement, je pense l’inverse 🙂 Le manque est un besoin et c’est l’absence de besoin qui génère la plénitude.

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    1. On peut le voir sous cet angle, c’est sûr. Après, j’ai le sentiment que le manque a du bon. Il permet d’être amoureux, créatif, prolifique, curieux, … cette caractéristique offre un espace non négligeable qui nourrit notre appétit d’individus insatiables.

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  2. J’aime gâcher les repas où le noir est plus loin
    Dans le bois du cerf majestueux
    Ivre, beau et fou
    Pour une messe magique
    Mes comptes je les adresse à Dieu
    Que m’importe les femmes
    leurs jugements
    Un peu de parfum
    Un sourire
    Elles sont à moi souvent
    Protocole qui conduit aux matins déprimants
    Dans les pavillons sans charmes
    Et sans cheminées
    Déroulant la mécanique des siècles
    Tu crois que l’océan nettoie ?
    J’aime la saleté et le déclin
    Car notre seigneur épargne les miséreux

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  3. Le manque et le désir…Une problématique que je lançais régulièrement en classe (CM2), une dimension qui concerne particulièrement les enfants et pour laquelle ils ont grandement besoin d’être éclairé même s’ils n’en ressentent pas le manque et par conséquent encore moins le désir.
    http://la-haut.e-monsite.com/blog/le-desir-puis-le-manque.html
    Le désir puis le manque.

    Nous avons repris la réflexion en classe aujourd’hui. Le désir, le manque, le besoin.

    Une élève avait une chaufferette et la montrait à ses amis. Tout le monde voulait la prendre et sentir la chaleur.

    « Est-ce que tu avais besoin de cette chaufferette Alexia ?

    – Ben oui, pour avoir chaud aux mains.

    -Mais tu as des gants non ?

    -Oui mais ça c’est bien aussi.

    -Ah, je ne dis pas le contraire mais est-ce que ça te manquait étant donné que tu avais des gants ?

    -Ben, non, ça ne me manquait pas et je ne savais même pas que ça existait. C’est ma mère qui me l’a achetée.

    -Et si maintenant, tu l’as perdais, est-ce que ça te manquerait ?

    -Ah, oui, c’est sûr, c’est trop bien !

    -Donc, tu désirerais en avoir une autre?

    -Oui, c’est sûr !

    -Et pourtant, avant que tu connaisses cette chaufferette, elle ne te manquait pas.

    -Ben, non, j’avais des gants.

    -Par conséquent on peut dire que tu ne désirais pas en avoir une mais maintenant que tu sais que ça existe, si tu la perdais, elle te manquerait.

    -Oui, c’est ça.

    -Ce désir que tu aurais viendrait d’un manque qui n’existait pas mais qui existerait maintenant.

    -Oui. Parce que je sais que ça existe.

    -Et tu ne pourrais plus t’en passer ?

    -Oh, ben si, je mettrais mes gants mais ça c’est mieux !

    -Prenons un autre exemple si tu veux bien. Un bébé qui a faim manque de nourriture, il a mal au ventre et désire le sein de sa mère. Il sait que ça existe et que ça lui fait du bien. C’est un manque qui est naturel et son désir l’est tout autant. Il désire combler ce manque. Mais c’est le manque qui est apparu en premier. Son désir n’a fait que suivre. Est-ce que c’est pareil pour la chaufferette ?

    -Euh…Non, parce que ça ne me manquait pas, je ne savais même pas que ça existait.

    -C’est donc un désir qui est apparu alors qu’il n’y avait pas de manque.

    -Mais, là, je ne la désire plus puisque je l’aie.

    -Oui, c’est vrai mais si elle venait à disparaître le désir réapparaîtrait aussitôt. Alors qu’il n’avait aucune raison d’exister. »

    Intervention d’une autre élève.

    « Et moi aussi maintenant je désire en avoir une !

    -Alors que ça ne te manquait pas jusque là ?

    -Oui, mais maintenant, je sais que ça existe alors ça me manque.

    -Ce qui te manque, ça n’est pas l’objet mais le plaisir que tu aurais à en posséder une. Il n’y a aucune raison valable d’avoir cette chaufferette mais ça te ferait plaisir d’en avoir une. Ce qui te manque, c’est la satisfaction d’en avoir une.

    -…

    -Ce désir a été créé artificiellement parce qu’en réalité, il n’y avait pas de manque. Ce qui fait plaisir, c’est de posséder quelque chose que les autres n’ont pas. Et ce qui te fait désirer cet objet, c’est une certaine jalousie. Sans aucune méchanceté bien entendu mais n’empêche que l’envie de posséder cet objet devient très fort. Il peut très bien être remplacé par une paire de gants mais ça n’a pas le même impact, ça n’a pas la même force, ça n’est pas aussi chouette à montrer aux autres. Vous finissez donc par exister quelque peu parce que vous possédez cet objet qui ne vous manquait pas mais qui vous donne un certain pouvoir sur les autres. Le bébé manque du sein de sa mère et c’est vital pour lui. Son désir est justifié et c’est pour ça qu’il crie aussi fort :))

    La chaufferette n’a rien de vital. Mais elle vous donne du pouvoir sur les autres, elle agit comme un aimant et attire tout le monde, vous vous sentez puissant parce que la chaufferette est puissante. Vous dépendez donc d’elle et si elle venait à disparaître, ce qui vous manquerait, c’est ce pouvoir sur les autres, cette fascination, cet intérêt pour cet objet que vous possédiez. Le désir de retrouver cette puissance vous manquerait et vous feriez tout votre possible pour combler ce manque. Même s’il est toujours totalement artificiel et n’a aucune raison réelle d’exister. Il ne vous fait pas vivre comme du lait maternel mais il vous donne l’impression de vivre mieux. Chez les adultes, c’est pareil. Mais eux, il leur faut une voiture, un écran plat, une nouvelle salle à manger, une belle montre, un téléphone portable ultra sophisitiqué, la denrière technologie à la mode, une nouvelle veste, une veste de marque c’est encore mieux, parce que ça attire encore plus les regards, ça donne encore plus de puissance. Mais ces manques n’ont jamais de fin. Les marchands font en sorte qu’il y ait toujours un nouveau désir qui apparaisse jusqu’à ce qu’il devienne un manque. Alors, on abandonne le dernier objet acheté pour en prendre un plus puissant, un plus brillant, un plus moderne, un plus visible, un objet qui va créer encore plus de fascination et d’attirance. Ca n’est pas la personne qui existe mais les objets qui la font exister. Ce sont les objets qui la possèdent et pas l’inverse. Parce que le désir est passé avant le besoin et que la personne se laisse entraîner dans un phénomène sans fin.

    Le monde riche fonctionne sur ce principe. Comme les manques vitaux, sont assouvis, que la plupart des gens ont ce qu’il faut pour survivre, pas tous malheureusement, la nourriture, un abri, de quoi se soigner, avoir une famille, ce sont les désirs qui vont fabriquer de nouveaux manques. Des désirs que la société de consommation va s’efforcer de mulitplier sans cesse. Comme cette chaufferette qui vient remplacer des gants dont tout le monde trouvait jusqu’ici que c’était une chouette invention.

    -Comment il faut faire alors quand on désire quelque chose ?

    -Comme vous avez envie, tant que vous savez pourquoi vous avez envie. Il n’y a pas de bonne méthode, de bonne façon de vivre si ça n’est pas celle que vous avez choisie en toute conscience. Avoir conscience de ce qu’on pense, de ce qu’on fait et décider si c’est la voie qui nous convient. C’est tout. En fait, il s’agit d’amour. Pour l’instant, vous devez vous demander pourquoi vous aimez cette chaufferette, un jour vous vous demanderez pourquoi vous aimez cette région, cette maison, vos amis, ce chien, cette voiture, ce pays, ce métier, cet homme ou cette femme. Tous les évènements importants de votre vie se nourriront d’amour. Il faut comprendre ce qu’on aime quand on aime. Tout ce que cet amour cache, tout ce qu’il contient, tout ce qu’il dévoile, tout ce qu’il peut faire pour qu’on continue à évoluer, à apprendre sur nous-mêmes. »

    D’autres réflexions sur le même thème :
    http://la-haut.e-monsite.com/blog/le-manque-et-le-desir.html
    http://la-haut.e-monsite.com/blog/le-manque-le-besoin-le-desir.html

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