Cher F.,

L’aube attenante au matin, je m’étais fait belle de jour et ai tenté de le rester jusqu’au petit matin. En vain.
Je m’étais fait belle de nuit, j’avais gardé mes boucles d’oreilles, celles que tu aimes, mis une nouvelle chemise et revêtu le porte-jarretelles. J’avais terminé le labeur qui n’est rien d’autre que continuel. Fatiguée de la journée, malgré tout j’ai pris mes jambes à mon cou pour aller frapper du bitume et faire quelques sauts près de la promenade verte. En attendant. En attendant ce soir qui n’est jamais venu, je me suis fait belle de nuit comme j’avais essayé fièrement de le rester tout le jour en t’attendant. Rentrée j’ai terminé cette journée par quelques étirements, avant de faire mes ablutions, douche, shampoing, tranquillement. Il me semblait que j’étais fin prête quand le jour a commencé à baisser. J’ai senti mes paupières s’affaisser comme le ciel sur le terre. Mais j’étais prête à les relever, car je m’étais fait belle de nuit pour aller te visiter ; tu m’attendais. J’ai caressé cet espoir toute la journée. J’avais soigné mes escarpins rouges carmin dont le cuir était assoiffé, dégagé mes jambes que j’avais pris le temps de bien hydrater. Comme mes cheveux, elles scintillaient comme le satin. Mon corps avait fière allure. L’épreuve du jour était passée. Venait la récompense, celle de la nuit qui j’espérais aller nourrir mon corps affamé, alors que c’est ta nuit que j’allais nourrir, n’étant rien d’autre comme toutes et tous que du gibier. Je ferai concurrence à la lune qui brille sur le pavé. J’étais fin prête à sortir pour me faire dévorer par ton regard et par tes mains. Tu pourrais tout prendre. Ta bouche pourrait ne faire qu’une bouchée de moi, une grosse, une gigantesque. J’espérais qu’il en resterait même un peu pour le petit déjeuner, tant j’avais la chair opulente. Je voulais fondre sous ta langue, craquer un peu sous tes dents. Je voulais en perdre même un peu connaissance et finir par gésir languissant dans tes draps tout mouillés. J’étais prête à bondir hors de cette tanière éclatante tant je m’étais appliquée à la récurer. Cendrillon n’est jamais qu’un conte déguisant la réalité. J’ai saisi les clés, prête à venir te rendre cette visite méritée, mais j’ai préféré m’assurer que la voie était libre et que tu m’attendais, presque désespéré.

Il n’en fut rien. Tu ne m’attendais pas.

Le lendemain tu m’appelleras. Je me ferai passer pour morte, ne répondrai pas, comme si la nature avait quand même fait son œuvre, pour duper la nuit et le jour que j’avais gâtés de ma peine à me faire belle, que cette pâture – vaine – serve quand même.

f.

6 réflexions sur “Belle de nuit

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