Cher F.,

J’ai fait un rêve fabuleux. Fabuleux car je m’en souvenais. C’est rare. Rare donc précieux.

J’ai rêvé que… je crois que j’ai rêvé. J’ai rêvé que je voyais ta… Elle était belle. Comme si elle avait fait peau neuve. Elle était droite, longue, douce. Un peu rougeâtre, plus rouge que d’ordinaire. Lumineuse. Elle était dure. Prête. Je voulais la toucher, la saisir. J’ai rêvé que je la sentais… Du bout des doigts, et à l’entrée, juste au bord, tu sais… là… juste au bord des lèvres,… J’ai rêvé que tu… Oh, F…., j’ai rêvé que tu étais en train de … Je te voyais t’agiter. Tu allais et… puis je te voyais qui… Avec tes doigts tu… et je faisais ces petits… Huumm et on se… J’ai rêvé que soudainement tu m’att… et que tu me… Que d’un seul geste j’ai… Et tu as répété ce que tu avais commencé. J’ai rêvé que c’était chaud comme… Oh… Et puis tu t’es mis à me…
J’en ai… Tellement que je ne sais plus si j’en ai rêvé ou si ça nous est arrivé… comme ça nous est arrivé des dizaines et des dizaines de fois. J’ai rêvé que c’était tendre et fort à la fois. Que tu me… comme lorsque… J’ai ressenti pendant… une minute ? une heure ? la nuit entière ? ces secousses si fortes, si réelles… si…, si bouleversantes… que j’étais tout chose au réveil. Il faisait encore nuit, même. Je t’ai vu, je t’ai entendu me susurrer je t’aime. Je me suis cambrée encore un peu, comme pour m’enivrer encore de cette belle ivresse que j’avais assurément bien inventée… quoi que ?
À plat ventre, celui-ci gonflé, les replis de mon sexe gorgés de sève, de sang vif, en train de saliver, le souffle tonique, les jambes écartées… Mes mains telles qu’elles étaient posées laissaient suggérer qu’on s’était bel et bien emballés…
En tout cas, j’ai rêvé de ta… Elle était incroyable, telle une divinité, fin prête, comme je te le disais… j’ai eu l’envie de… irrépressible cette envie ! J’ai rêvé que je l’accueillais. Le reste, ce n’est pas moi qui l’ai dicté…

J’ai les doigts qui collent un peu. Je m’imagine avec un bandeau sur les yeux, que tu retirerais délicatement. Oh, rien de salace. Je ne sais même pas si l’on peut dire que tout cela est licencieux, mais ce que c’est à vrai dire importe peu. C’est l’extase du rêve, le symbole que le désir vit et vibre encore dans nos chairs même après toutes ces nuits vierges. Je jouis de ces délices que je ne peux oublier, que je ne peux qu’accepter, même en rêve, comme des ombres corporelles fantasmées mais formelles. Je sais que ce corps, le mien, le nu désiré s’est donné à toi, au tien, à ta cambrure, tes nervures, ses aspérités. Je sais que mes mains ont ressenti douceur et fermeté. Je m’enveloppe dans cette sueur fine et très matinale que j’appelle bonheur, avec  curiosité. Je me résous ce soir, cette nuit, ce matin, qu’importe, je me résous à t’aimer et à m’aimer dans les nimbes, et ailleurs.

Il n’y a pas de vice, tout est sublime. Ce moment est l’innocence même. Ne parle pas d’indécence qui abîmerait nos fibres grisées. J’ai simplement rêvé que tu étais présent en ma présence, et après… Rien d’indécent. Innocence incandescente. Et après, tout est allé comme un train qui roule à vive allure, qui laisse défiler le paysage. L’histoire se déroule et s’enchaîne sous les yeux qui s’évadent des passagers, les corps qui se baladent, les êtres qui se déplacent, s’animent sans se déplacer. C’est la physique des corps, la cinétique (lubrique ?) : j’ai rêvé que tu te tenais contre moi, peau à peau. La soif et le désir – ou peut-être que soif et désir ne sont que pléonasme ? – la soif et le désir m’ont emmenée, entraînée dans ce rêve si facile et si naturel. Pas de vice. Tout est sublime ou subliminal, peut-être. L’innocence de mes moments (mouvements) intimes comme celle de mes mots candides, je la proclame comme telle car je me donne et m’adonne à cette volupté reine. En toute naïveté.

Je repense à ce rêve, et je te regarde. Ton regard, cet appel, est ma joie. Ta puissance décuple mes forces et mon imagination. Ton désir réverbère toute l’énergie qui émane de mon être. Et c’est ainsi que jaillit ma créativité.

f.

Image : couverture du recueil « Les lettres du désir, correspondance et création en Belgique, 1880-2010« , Thierry Julliand, d’après un portrait de Dominique Rolin par Bernard Milleret

5 réflexions sur “De l’innocence incandescente (…)

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