Ton silence après l’amour me plonge dans un rêve solitaire : je sens encore ton membre et ta bouche solidaires, allongée sur le sol de confettis recouvert, petits morceaux éparpillés de bonheur qu’on balaye, d’un seul coup d’un seul comme des draps qu’on retire d’un geste ferme, c’est tout à coup l’éternité qui est éphémère. Ton absence après l’amour est comme une nuit infinie qui tombe sur la vie, comme l’obscurité engloutit la lumière. La poitrine en berne, les extrémités échaudées, le cœur morcelé… Je regarde cette enveloppe, empourprée et vive encore hier, je la touche, j’essaye de la réveiller, après cette nuit d’abandon, nuit écarlate dans l’humide atmosphère. Je me touche mais alors la chair a un goût de misère, le corps un air de pauvreté. Quand ton silence règne sur ma terre.

f.

de Michel SEUPHOR
L’éphémère est éternel, SEUPHOR (Michel)

Tu me pris dans tes bras. Je passai de nouveau toute une nuit de délices avec toi. Mais, même en ma nudité, tu ne me reconnaissais pas. Heureuse, je m’abandonnais à tes savantes tendresses, et je vis que ta fougue amoureuse ne faisait aucune différence entre une amante et une femme qui se vend, que tu te livrais entièrement à ton désir, avec toute la légèreté et la prodigalité qui te caractérisent. Tu étais si doux, si tendre envers moi, envers celle que tu avais rencontrée dans une boîte de nuit, si distingué, si cordial, si plein d’attentions, et cependant tu montrais en même temps une telle passion dans la jouissance de la femme. De nouveau, enivrée de l’ancien bonheur, je sentais dans ta sensualité cette dualité caractéristique de ton être, cette passion cérébrale et lucide qui, déjà, avait fait de l’enfant ton esclave. Jamais je n’ai connu chez un homme, dans ses caresses, un abandon aussi absolu au moment présent, une telle effusion et un tel rayonnement des profondeurs de l’être – pour s’éteindre ensuite à vrai dire dans un oubli infini et presque inhumain. Mais moi aussi je m’oubliais : qu’étais-je à présent dans l’obscurité, à côté de toi ? Etais-je l’ardente gamine de jadis, la mère de ton enfant, étais-je l’étrangère ? Ah ! tout était si frémissant de vie nouvelle, en cette nuit passionnée ! Et je priais pour qu’elle ne prît jamais fin !

[Lettre d’une inconnue, S. Zweig]

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