Cher F.,

Oh, tes mots, tes doux mots. Ils me font tellement de bien. Encore plus de bien quand je ne m’y attends pas, quand je crois que je dois faire jouer l’amnésie, quand je crois que je dois faire semblant d’oublier. Tout oublier. Pourquoi l’autre chante que ce n’est plus la saison du spleen ? que ce n’est plus l’heure d’être malheureux ? Elle se prend pour Nietzsche ou quoi ? C’est des conneries tout ça ! On ne peut pas s’en tenir à ça. Pourtant j’adore sa philosophie, mais son éloge de l’oubli n’est pas fait pour nous. Comme si les hommes pouvaient oublier l’histoire, comme si les hommes pouvaient oublier d’où ils venaient ? Ah oui, parfois, ça nous arrangerait. C’est certain. On ne se demanderait pas à quoi doit ressembler une cathédrale qui vient de partir en fumée ! Laissez aller les imaginations vibrantes des compagnons ! Ils nous épateront. Et on s’accommodera bien de ce qu’ils feront de cette pierre, de ce marbre, de ce verre et de cette ferraille ! Croyez-moi. Oui, dans ces cas-là, l’oubli a du bon. Mais en amour ? En amour ? Comment ? Non mais, pardon ! Cela fait si mal quand je dois oublier, quand je dois tirer un trait sur ces moments de rêve et d’insomnie, de violente tendresse, d’ivresse lascive, d’accalmie, dans tes bras, tout contre toi. De réveils nus emboîtés encore, sensibles au désir outrancier. Quand je cherche à oublier, c’est mon cœur qui se fissure. Ce n’est rien d’autre qu’un refoulement de mon âme, une échappatoire inutile à mon existence.
Oh, moi aussi j’ai tellement envie de te serrer dans mes bras, comme l’autre jour, dans l’ascenseur. 4 secondes (à peine) de bonheur. J’aurais voulu rester tout contre toi une éternité. Mais plus dans un ascenseur. Ailleurs. Je rêve si souvent cet ailleurs. FANTASME !
Oh, tes mots d’hier et tes mots de ce jour me mettent du baume au cœur. Dans ces moments-là, oui j’ai le cœur à l’ouvrage, le nôtre. Cet ailleurs est notre ouvrage. Rêvons-le encore et encore. Mais je n’ose exprimer ce bonheur que je ne fais qu’idéaliser. Je n’ose pas car je me retrouve très souvent en porte-à-faux avec tes émotions et ton état d’esprit du moment. Tout est noir ou gris quand nous vivons séparément. Et quand nous osons parler d’avenir, nous faisons abstraction de ce que nous sommes. Nous nous oublions. Tiens donc, y arriverait-on alors ? Mais ce constat est dur. Mais comment ne pas être égoïste tout en pensant à soi ? Comment ? Ménager la chèvre et le chou, dit-on.
Oh, mes mots de l’autre jour, quand je te disais « vie de foutue, vie de foutu », c’est vrai que mes mots manquaient de tact, non ils n’étaient pas tendres, mais tu n’as peut-être pas saisi que l’épithète valait pour ta vie, celle de tes enfants et pour ta propre personne. Quand tu me relates tes histoires – cette tyrannie chez toi qui n’est plus chez toi, ce rejet du père par la mère, ce vide que tu es incapable de combler et cette place que tu es incapable de prendre car impuissant face à la dictature maternelle et traditionnelle, cette relation fantasmagorique et perverse avec et contre ton père – tout me paraît illusoire de croire en quelque chose de plausible, de serein, même terre à terre, et en accord avec nous-mêmes.

Oh et puis Zut ! je voudrais oublier. Oublier tout ce que tu m’as écrit. Oublier tout ce que je viens de t’écrire. Des jugements, des jugements… cessons donc d’ergoter. Il paraît que « c’est pas compliqué d’être heureux ». Vivons pour nous, d’accord ? Vivons ce qu’il nous reste à vivre, tu veux?, avant que le monde ne parte en fumée. Tout est foutu de toute façon. Il n’y a plus qu’à se donner du courage. Le courage d’aller droit devant ou même sur les côtés. Oui, mais, pour « aller où » ? Allez, allez… « Si demain n’existe pas »… Alors il faudra l’inventer.

f.

4 réflexions sur “Du cœur à l’ouvrage

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