Sensiblerie :
1) « Sensibilité outrée et fausse; compassion ridicule et déplacée », sens péjoratif
2) évocation teintée d’humeur romanesque, propos romantique issu d’une rêverie poétique (acception inventée par laplumefragile)

Contextualisation :

Aujourd’hui j’ai fait une vraie promenade dans le vent; sans sensiblerie pseudo-romantique mais avec un romantisme authentique je peux dire qu’avancer dans les bras d’un vent furieux qui me poussait de toutes parts est quelque chose d’extrêmement revigorant. (G. SAPIENZA, Carnets)

Endimanché :
1) qui est maladroit, gauche (pauvres gauchers)
2) qui est soigné, en habits du dimanche
3) ce qui se pense, s’énonce, s’exprime le dimanche, à toute heure du jour comme de la nuit (acception inventée par laplumefragile)

-Tu es beau. Même quand tu es énervé. Tu restes beau.
-Toi aussi, tu es très beau.
-Ah oui ? cela me conforte dans l’idée que je le suis.

le billet doux fragonardCher F.,

J’aime la manière que tu as de toujours prendre le contrepied des choses, comme pour y donner davantage de poids. Et tu t’amuses d’être maladroit, car tu sais que tu ne l’es pas. Tu me trouves très « beau » parce que ce serait trop banal de me dire que tu me trouves très belle, et surtout parce que c’est bien plus amusant, enfantin également. Surtout enfantin. Il faut toujours de l’humour, toujours de la dérision et une dose d’innocence (de maladresse, diront certains) pour dérouter et surprendre, surtout en amour. Oui, surtout en amour. Autrement, nous sommes perdus.

Ce matin encore je me lève. Je lance un petit regard au miroir qui me voit passer chaque jour sans poser de question. Je me lève, et sans aucune arrière pensée je sais que la journée, quoi qu’il advienne, aura quelque chose de bon. Je choisis sans y prêter trop d’importance aux vêtements que je vais porter aujourd’hui. Bien sûr, je connais les lignes, les couleurs, les formes qui auront ta préférence. Je me regarde. Je sais aussi que, quoi que je porte, je croiserai ton regard et je devinerai, dans une étincelle, un mouvement des lèvres, un battement de paupière, que je te plais. J’accueille cette petite pensée suffisante mais inoffensive, et je m’habille, je me recentre, me contemple. J’observe les flux qui m’animent. Je suis belle.

Alors que le jour est levé depuis plusieurs heures, ton visage flotte encore un peu dans une brume hivernale. Pourtant ce matin encore, je te trouve beau, tu es en train d’éclore. Tu irradies. Je garde mes yeux grands ouverts pour m’imprégner de ta lumière printanière. Comme si j’allais reprendre de l’oxygène. Tu es beau. Que cet adjectif est redondant et prétentieux ! Mais comment le dire autrement ? Je sens bien cependant que tu es dans un état cotonneux, nuageux. L’angine t’a attrapé dans ton sommeil. Il a dû faire froid chez toi. Étrangement, je me fais à l’idée que tu as dû te sentir seul dans des courants d’air glacés et que tu as pensé à moi pour te réchauffer. C’est stupide. Je le sais.
Tu es beau. C’est peut-être (surement) l’un des effets de l’état amoureux dont je sache profiter le mieux. Je sais que je suis amoureuse dès que je croise ton regard, le matin comme le soir. Souvent, trop souvent, je me dis que les mots n’ont pas assez d’arguments, pas assez de nuances, point de sensibilité pour décrire comment je te vois et ce que je ressens à ton égard. Cette chaleur derrière les yeux. Ces vibrations intérieures. Dès que tu m’apparais, il se passe quelque chose. La vie est en moi. Elle est en moi dès que je me lève mais elle est encore plus présente et se manifeste intensément, sans aucune ambivalence, dès que je t’aperçois, dès que tu te présentes à moi pour la première fois de la journée. C’est toujours un moment de joie, d’enthousiasme non dit. C’est une intime réjouissance. J’accueille ce moment de salutation confondue, mi-formelle, mi-intimiste.

Disons-le autrement : j’aime t’aimer en secret. J’aime ces moments qui me sont réservés. Je suis privilégiée, c’est vrai. C’est comme si je descendais dans une grotte incrustée de milliers de petites pierres précieuses qui ne demandent qu’à être contemplées. C’est mon petit secret. Dans ce rapport d’un être à un autre, ce bref échange, car cela ne dure vraiment qu’un court instant, quarante secondes, cinquante secondes tout au plus, je plonge dans ma caverne. Mes mots simples, si brutes, si peu précis soient-ils, sont comme ces peintures de Lascaux, témoins de nos relations à l’Autre et de nos activités. Ces mots, dans mes lettres, dans mes poésies, t’auront figé, immortalisé et décrit dans ta beauté la plus simple, oserais-je dire primitive ? Y aurait-il un autre mot plus juste pour exprimer cette simplicité ? Je cherche avec mes mots à imprimer tes expressions matinales, tes soubresauts nocturnes. Ces petits mots qui paradent sont désormais ancrés, figés, encrés dans cette grotte. C’est mon plus grand secret. Je voudrais le préserver encore des années. Je voudrais contenir ton image multiple, qui garde cependant toujours des traits communs dans sa multiplicité : la luminosité de tes yeux clairs, diaphanes, la pâleur et la maturité de ta peau, la finesse de tes traits saillants. Ces caractéristiques composent pour moi un tableau singulier. Oh, ne te méprends pas, je ne veux pas faire de cette image une peinture divine – rassure-toi, il n’est pas question d’avoir une icône religieuse dans ma petite chapelle. Je cherche seulement à décrire la plus belle des lumières qui m’éclaire et m’inonde de tendres rayons quand tu es face à moi, dans ta plus simple expression, parfois la plus fragile, même.

La nature parle. Mon cœur s’emballe. De tes yeux l’encre pourra couler encore, dès l’aurore ou à la nuit tombée. Mais de quels mots pourrais-je user et abuser pour m’épancher et retranscrire ce naturel éveillé qui n’est connu que de moi-même ? Je n’en trouve guère. Car je n’ai pas la grâce et la sensibilité de F. Hardy qui chante sa Normandie. Et mon cerveau imbécile est aveuglé. Mais cet aveuglement me plaît. C’est comme une petite vague qui m’emporte un peu loin du rivage, mais qui n’est pas assez forte pour me noyer. En poésie, on aime user du mot ressac. C’est effectivement un doux remous qui m’aide à m’évader : c’est ce que je nomme dès à présent dans cette lettre le transport amoureux. C’est ce petit flot, ce bouillon tantôt badin et effervescent, tantôt mesuré et sérieux que nous connaissons toi et moi, chacun à notre façon.

D’une familière malice et pour la symbolique, je revêts cette lettre d’un Billet doux de Fragonard.

À plus tard… ma rosée, mon irradiance, ma beauté…

f.

4 réflexions sur “Sensiblerie endimanchée

  1. « La nature parle. Mon cœur s’emballe. De tes yeux l’encre pourra couler encore, dès l’aurore ou à la nuit tombée. Mais de quels mots pourrais-je user et abuser pour m’épancher et retranscrire ce naturel éveillé qui n’est connu que de moi-même ?  »
    Et bien je pense que tu as su trouver tous les mots pour dire ton amour de l’Autre. Et c’est très réussi. Celui ou celle qui aime ou qui a aimé ressentira en te lisant sentir l’émotion le prendre parce que justement, tu as écrit avec une encre universelle.

    Aimé par 1 personne

      1. Tu sais, je ne suis pas très adroit pour les commentaires et me force peu en ma matière. Le temps me manque aussi d’ailleurs. Alors, oui, mon commentaire est sincère.
        Il est facile de parler d’amour mais de dire l’amour, c’est vrai qu’il faut trouver les mots. Et ton cœur a guidé ta main.

        Aimé par 1 personne

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