Cher F.,

Comment cela se fait-il que tu ne m’aies pas répondu l’autre soir ? Ma réaction était violente. J’étais dans l’incompréhension, et aujourd’hui, je le suis encore plus. Je ne comprends pas ton silence.
J’ai beau me dire que tu n’as pas lu mon courrier, je n’y crois pas. Tu as eu le temps de le lire, et le temps de réagir.
J’ai beau me dire que tu l’as lu et qu’il t’a laissé dans l’incompréhension toi aussi, auquel cas tu me l’aurais dit. Tu m’aurais écrit : Je ne comprends pas pourquoi tu réagis comme ça.
J’ai beau me dire que tu l’as lu et que mes mots t’ont mis en colère, alors, tu aurais laissé couler, oui, peut-être. Mais tu serais revenu. Tu te serais servi de mes mots doux et poétiques qui ont suivi le soir pour qu’on mette les choses au clair ou les choses à plat.
Je suis certaine que tu as lu ma réponse (ton article attendait bien une réaction quelconque, enfin je crois). Pourquoi n’y réponds-tu pas à ton tour ? Je t’ai posé des questions. Pourquoi me laisser une fois de plus dans un silence de mort, un silence accablant, incompréhensible ?

Ce silence ressemble à celui de la montage. Sans le phénomène d’écho qui nous parvient inévitablement à un moment ou à un autre. Et quand bien même il n’y aurait pas d’écho, c’est un froissement de feuille, une écorce qui craque, la neige qui crisse, un murmure du vent, les pas de marcheurs, un petit animal se faufilant que l’on pourrait entendre. Ton silence est pire que celui de la montage, puisque aucun son ne me parvient. Ton silence est le même qui règne à l’instant dans mes oreilles, une oreille plus précisément. C’est un silence indescriptible, bruyant, qui me donne la nausée, qui me confine et me fait perdre l’équilibre.

Je suis clouée au lit depuis aujourd’hui. La nuit a été très mauvaise. Je crains le pire cette nuit encore. Il y aura ton silence, et ces bruits morts vacillant entre mon oreille externe et le tympan.

Cet après-midi, j’ai fixé le ciel par la fenêtre en contre-plongée. Je ne voyais qu’une succession de nuages blancs, sur un fond tantôt gris, tantôt blanc lui aussi, parfois surgissait d’on-ne-sait où une éclaircie. Cela annonce les giboulées, si tu veux mon avis. D’ailleurs le temps est tempétueux. J’ai cru que les volets allaient s’envoler cette nuit. Ce fut presque une réalité quand la tempête en journée a littéralement arraché le volet de son mur. La vis est sortie violemment, laissant le volet en roue libre à la merci du vent. Vis et tenant ne tenaient plus à rien, sauf à leur volet qui venait se fracasser sur la vitre à chaque va-et-vient. Avant que la vis n’enfonce la vitre et ne parvienne à la briser, je l’ai saisie au vol pour tenter de la renfoncer dans son orifice, mais le mur était presque éventré, laissant un trou béant.

C’était le seul temps fort de la journée (c’est le moins qu’on puisse dire). Le vent, la pluie, le grésil, la neige, puis encore le vent et la pluie se sont enchaînés – déchaînés ! – toute la journée. Seul cet interlude infernal, moi aux prises avec un volet fou, m’a permis de m’extraire de ma pensée ankylosante à ton égard ou plutôt à l’égard de ton absence, à ton indifférence absolue.

Tu n’es probablement pas indifférent à mes propos. Mais comme tu ne montres aucun signe que tu t’y es intéressé, comme tu ne te manifestes aucunement, sous aucune forme, cette absence de réaction ressemble à un silence lourd et pénible qu’il me tarde que tu troubles au plus vite.

f.

version intégrale et illustrée à la page Journal de mars

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