« Oui, je me doute que cette semaine est rude pour toi. Sache que je pense à toi. » – Mais que je suis ridicule !
Bien sûr, bien sûr que j’avais envie de t’écrire ces mots, mais tu ne les méritais pas. Surtout, tu n’en avais pas besoin. Est-ce qu’ils t’ont fait du bien ?
Je compatis une fois n’est pas coutume. Je reste compréhensive et t’excuse presque en regard de ta situation, de tous tes tracas quotidiens. Mais, et moi dans tout ça?
« Et patatras, j’oublie tout le reste. Enfin pas vraiment. Je ne t’oublie pas, mais je n’ai pas eu le temps, ni l’inspiration… »
Je devrai me contenter de ce seul réconfort : quelques mots un peu fadasses mis bout à bout pour panser mon cœur et apaiser mon âme. Pauvre de moi.

Je suis sévère avec toi… Tu crois ?

Je m’en sors vaille que vaille contre ce méchant coup de froid (ou devrais-je dire coup de blues ?) J’ai chaussé les skis toute la matinée. Le temps était magnifique. La tempête nous a laissé quelques centimètres de neige nouvelle et moelleuse à souhait. Du velours blanc à flanc de coteaux. Même le hors piste était envisageable. Gare aux roches en catimini cependant… je n’ai parlé que de quelques centimètres !

Je t’ai encore aimé secrètement aujourd’hui. Au moment de prendre le télésiège, un des moniteurs était à côté de la petite cabane de surveillance. Il te ressemblait étrangement. Il avait des jambes aussi fines que les tiennes (oui, même avec une combinaison, un skieur laisse visible sa corpulence). C’était un surfeur. On les reconnaît très facilement à la manière dont ils sont chaussés et à leur posture. Mais je ne t’imagine pas du tout en surfeur.
Il te ressemblait au niveau du visage aussi. Il avait les traits fins, comme ses jambes, une bouche fine sensiblement masquée par une petite zone touffue de poils blonds, comme les tiens. Et puis il a suffi d’un geste pour que le portrait de mon F. prenne vie lorsque le surfeur s’est saisi d’une cigarette, la portant à sa bouche et tirant un coup. La moue du fumeur. Celle que tu fais souvent.

Voilà comment tu m’es apparu en vrai aujourd’hui, très sommairement, dans un décor enneigé. J’ai embarqué dans la nacelle direction les sommets, et ton visage, ton odeur, ne m’ont plus quittée de la journée.

f.

version intégrale et illustrée à la page Journal de mars

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s