Éclipse de lune. Rouge sang envahissant les dunes. Moment d’égarement. Poésie propice à l’érotisme et à ses charmes décadents, le cœur fragile s’enfonça, lentement, sous le regard de l’astre diabolique imposant.

Sise dans une voie sans issue, je m’enfonçais dans ce désert où ne régnait ni fin ni début. Je voyais cette oasis qui me faisait de l’œil dans le lointain couchant, un lointain qui me semblait si proche qu’il pouvait tenir dans la paume de ma main.

Je te voyais toi, astre inconnu et incertain. Seulement toi. C’est toi que je voulais. C’est toi qui me donnais faim. Pourtant, point d’appétit mais, d’étranges secousses dans l’estomac : j’avais FAIM.
Aveuglée par une lueur perçant un horizon éteint, j’avançais sur ce chemin sans fin guidée par la FAIM.

FAIM de ton ventre, de ton odeur, cette sentinelle sensuelle placée dans le bassin. FAIM de ton être, du timbre de ta voix.

Je me souviens. Je me tenais debout sur ce lit ferme. Je te tournais le dos, jambes écartées. Je suis restée en partie habillée, seules mes jambes étaient nues. Tu t’es approché comme un sniper, comme un prédateur habile sachant se déplacer sans bruit. Seul l’écho de ton être est venu à moi… Ces vibrations ont retenti dans l’aine. Elles ont longé mon abdomen. Elles sont montées jusque entre mes seins avant de les sentir comme des palpitations dans la gorge. Tu étais là, juste derrière moi. À plat ventre je crois.

Tes mains ont fait le premier pas : je les sens sur mes chevilles. Sans les attraper, tes mains ont doucement filé le long de mes jambes, derrière, en dedans, en dehors, avant de venir confortablement se poser sur mes hanches et le rebond de mes fesses. Te voilà.

J’ai essayé de fixer ce souvenir, cette chaleur, ce geste délicat dans ma mémoire. Il est parti trop vite. Je me suis retournée et tu as repris le contrôle. J’entendais battre mon ventre. J’avais si FAIM.

« Raconte-moi dimanche dernier », as-tu murmuré.
« Eh bien… » soupir.

Je ne pouvais te chevaucher et finir ma pensée, tout s’est accéléré, le mouvement de tes jambes, et le frottement de mes cuisses étaient accordés, le rythme était contrôlé, quand soudain j’ai crié :
TOI !… … TOI EN MOI ET PERSONNE D’AUTRE !
J’ai sangloté jouissant à pleins poumons, mordant ton épaule, dans ta chair humaine, sensiblement tendue. Je me suis accrochée à ton cou, ton petit cou frêle et contracté. J’ai crié comme un nouveau né, une vive expression, sauvage, extériorisée. J’ai eu peur qu’elle t’ait tétanisé. J’avais peur que tu me rejettes. Mais tu as joui aussi. Juste après moi ou en même temps que moi.

Tu étais ravi. Tu m’as prise. Tu ne m’as pas lâchée. Tu as murmuré une seconde fois…
« Redis-moi ces mots-là » comme pour en jouir une nouvelle fois.

Nous étions excédés. À bout. Je voulais encore que tu viennes, que tu t’exprimes en moi. Qu’on se libère de ces chaînes. Tu me donnais tout. Tu me racontais subrepticement dans une oreille déjà évanouie tes fantasmes, tes images, tes envies. Ta main. Ma jupe. Ton geste. Mes fesses. Moi qui me touche. Ta bouche posée là tout en bas. Ta langue qui sort, qui rentre, qui sort et qui revient dans mon petit vestibule où il fait bon y tremper ton organe érectile.

Dans un acte inespéré, j’ai usé de toutes mes forces, j’ai senti nos corps éreintés se consumer dans une violence confinée. Tu t’es effondré. Vidé. Plein de tendresse, tu m’as dit…
« Je t’ai tout donné, ma belle. Je suis désolé. »

Tu avais faim. Tu étais affamé. Un besoin en chassait un autre. Tu avais faim mais je n’avais pas d’appétit. Juste du désir, à l’envi !

f.

Image : Gravure, Louis Marcoussis, Eaux Fortes pour Alcools, de Guillaume Apollinaire

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