Cher F.,

Pourquoi « terriblement bête » t’es-tu demandé peut-être ? Eh bien simplement parce qu’hier soir je me rendais triste inutilement en imaginant, craignant que tu ne sois seul pour cette dernière nuit froide dans cette chambre intérimaire.
Terriblement bête, car depuis des semaines tu me dis que tu ne vois personne, ne parle à personne, que tu travailles jusqu’après vingt heures, et que tes enfants te manquent cruellement, mais que de toute façon, dans d’autres circonstances rien ne te rend léger, rien ne te rend heureux, plus rien ne t’émeut positivement. « Formidable tristesse ». Ce sont tes mots ces derniers temps.
Alors, « terriblement bête » car, lorsque tu me donnes le sentiment d’être isolé et renfermé sur toi-même, alors que ce que tu désires plus que tout au monde c’est d’être avec quelqu’un, c’est de ne pas être seul avec tes démons, ne pas être seul avec toi-même, surtout pas, mais que tu m’apprends que tu es entre amis et que tu apprécies fondamentalement ce moment qui te fait vraiment du bien, sur le coup, je me suis trouvée bien idiote, un peu comme si j’avais été dupe, comme si j’avais été leurrée, non pas par toi, ne te méprends pas, mais leurrée par ma naïveté et par une présupposition mal placée.
La naïveté de croire que tu ne sais plus passer de moments agréables, la naïveté de croire que tu n’as plus le cœur à être social, la naïveté de croire que tu n’acceptes plus le contact, que tu te refuses aux autres de peur de les gâcher, de ruiner tes relations, de les abîmer par la noirceur de tes propos et tes sentiments d’amertume et de désœuvrement.
Alors, oui je me sens bête. Bête de croire qu’un jour tu te tourneras vers moi pour de simples choses, pour apprécier un instant de vie propre, sain, lavé de tout sentiment de culpabilité. Bête de croire que tu oseras organiser ces deux jours dans le temps, contre le temps, avec le temps, pour nous deux. Bête de croire que je pourrai un jour faire partie de ce cercle d’amis que je t’encourage à fréquenter autant que ton temps et tes dispositions te le permettront.

Je me sens intimement loin de ce cadre social divertissant, je me suis sentie terriblement bête en lisant ton message, mais je suis sincèrement heureuse de savoir que tu étais entouré hier soir, tandis que je m’endormais lassée, désabusée, la tête posée sur un oreiller un peu froid, un peu aplati par des pensées lourdes, engourdies (engluées ?), totalement injustifiées quelque part, teintées de ces jugements que l’on peut porter à l’égard des autres en présupposant de leurs besoins et de leurs peurs.

Hier soir, j’étais seule responsable de mon désarroi, seule témoin de mes yeux grisés éteints, seule victime d’un coeur abîmé, un peu tranché à vif. Je me sentais terriblement bête. Ne te demande pas pourquoi.

f.

2 réflexions sur “Formidable tristesse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s