Un jour, un baiser. Cela ressemble à une émission télévisée. Au bout de ce baiser, y aurait-il un nouveau destin ?

Demain, tu m’embrasseras. Mais je l’ignore encore, alors que je pense à toi. Je t’attends. J’attends tes mots. J’attends tes bras. Tes lèvres, posées sur ma bouche comme ton regard posé sur moi.
Demain, il y a deux ans déjà, tu laisseras « tomber le masque ». Tu t’emporteras.
Demain, je m’élancerai dans une narration sans fin.
Demain, il y a deux ans, le récit débutait ainsi :

« Ce serait l’histoire d’un homme et d’une femme, amoureux sans se l’avouer avant de pouvoir l’envisager. La réalité les aura pourtant vite rattrapés. C’était le 6 décembre, jour de la Saint Nicolas, fête des écoliers et des enfants plus généralement. Le jour où ils s’étaient tous les deux sentis comme des enfants. Les enfants n’ont pas de retenue en amour. Ils ne connaissent pas encore la frustration ni la déception. Ce jour lui paraissait en tout cas tellement symbolique, elle qui n’avait jamais fêté la Saint Nicolas. Pour une première, elle s’en souviendrait toute sa vie. Le jour où il s’était décidé à l’embrasser.

Quelques jours plus tôt, la femme s’était sentie prête à lui dire qu’elle l’aimait. Sans gêne ni contrainte aucune. « I love you ». Ces mots avaient volé dans l’air de la manière la plus simple qui fût, sans fioritures, sans élan ni effort particulier. À cela il avait très vite réagi, un court, bref, furtif, incisif ou plutôt décisif « moi aussi. » À ce moment-là, la jeune femme n’avait pas pu mesurer la profonde dimension de la réplique. Elle ne pensa certainement pas à un aveu véritable, seulement qu’il s’agissait d’un retour impromptu rendu par politesse et par crainte de répondre autre chose qui aurait pu la heurter. Toutefois, elle dû se détromper. Le 6 décembre, il s’était senti prêt à lui faire comprendre combien il l’aimait déjà depuis longtemps. Ce que je t’ai écrit, tu sais, je le pense vraiment, sincèrement, lui avait-il dit en préliminaire à leur évasion, la voix pleine de sincérité et d’émotion.

Ils avaient longuement marché, avaient parcouru la ville intra muros en une soirée. Le froid les avait tout de même dirigés un moment vers un bar, lieu propice à l’échange. Mais plutôt qu’un comptoir de simples échanges bon enfants, ce soir-là le bar avait surtout fait office de confessionnal. Comme c’était ironique ce cadre : pendant qu’il lui parlait, la femme sirotait son mojito royal au champagne, elle venait de signer un gros contrat et voulait déjà s’en féliciter. Doux jesus ! Sweet Jesus! était une interjection qu’elle affectionnait et usitait très souvent et qu’il prenait plaisir, inlassablement, à répéter dès qu’il le pouvait et que l’occasion s’y prêtait.

Ce 6 décembre, ils avaient passé la soirée ensemble alors qu’on était mardi, son rendez-vous sportif à elle, une fois par semaine. Il lui avait fait comprendre que la délivrance ce serait, ce devait être ce soir et que son activité pouvait bien être reportée à la semaine suivante. Mais elle ne devait pas s’en faire, encore moins s’en douter. Il avait prévu de bousculer en elle des hormones similaires, celles du plaisir et de l’extase. Ou peut-être qu’il n’avait rien prévu du tout en réalité et que c’était encore mieux. Le naturel s’était imposé à lui et l’avait conduit à agir en toute spontanéité. Quoi qu’il en soit, elle avait entendu son cri du cœur. Elle était prête. De toute façon, elle n’attendait que lui.

Ce soir-là, il avait fait ce qu’il mourrait d’envie de faire depuis des mois. L’embrasser avait été un acte d’abandon total. Le masque était tombé et il lui était devenu impossible de réfréner ses sentiments plus longtemps. Le désir physique l’avait emporté sur la retenue, retenue dont il pouvait tout de même se targuer. Mais feindre ses désirs aussi longtemps, c’était presque de la cruauté. Pourquoi s’infliger cela ? N’avons-nous pas suffisamment de contraintes et de contingences dans nos vies pour souffrir davantage encore en amour ?

Cette réflexion me rappela tout de suite ce passage que Lamartine écrit dans Graziella :

Ces pauvres pécheurs ne comprenaient pas pourquoi Ortis se désespérait et se tuait, puisqu’il pouvait jouir de toutes les vraies voluptés de la vie : se promener sans rien faire, voir le soleil, aimer sa maîtresse et prier Dieu sur les rives vertes et grasses de la Brenta. ‘Pourquoi se tourmenter ainsi’, disaient-ils, ‘pour des idées
qui ne pénètrent pas jusqu’au cœur ? Que lui importe que ce soient les Autrichiens ou les Français qui règnent à Milan ? C’est un fou de se faire tant de chagrin pour de telles choses ?

f.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s