Mon cher F.,

Je suis rentrée précipitamment. Je me sens fébrile, je me sens partir à la renverse au moindre mouvement. J’aurais voulu t’attendre.

Lorsque tu as ces migraines, je ne sens pas que tu m’aimes. Je me sens disparaître dans l’ornière de tes yeux bleus magnifiques. Pourquoi es-tu si injuste envers moi quand tu es mal en point ? Pourquoi ce regard douloureux ?
L’autre jour, tu me suppliais de t’embrasser, de t’embrasser à pleine bouche. Bien sûr ! C’est presque toujours ce que je désire plus que tout. Et je plonge ! Et je fonce tête penchée sur tes lèvres. Et je les enveloppe de mon plus langoureux baiser. Et aujourd’hui, j’ai pu oser te dire « embrasse-moi ! », « embrasse-moi », en insistant un peu. Et tu m’as rétorqué (gentiment, tendrement, c’est vrai) que j’étais exigeante. Je voulais juste un baiser.

Un jour sans te toucher, c’est infernal. Deux jours sans t’approcher, c’est intenable. Trois jours sans se frôler, c’est insupportable. Aujourd’hui, tu n’avais pas envie de moi. Je l’ai senti à ton baiser forcé. Je n’aurais pas dû. Je n’aurais pas dû le quémander. Mais pourquoi oses-tu, toi ? Et moi, devrais-je m’abstenir de m’avancer, de demander ? Pardonne-moi. Je ne sais plus où est ma tête. Je n’arrive plus à la dissocier de mon cœur. Ce cœur qui ne veut que toi. C’est un fardeau, de t’aimer, tu sais. Ne crois pas que l’amour se conjugue avec bonheur à chaque fois.

Je suis rentrée chez moi avec le feu au corps et le cœur chancelant. J’avais envie de ta langue et de tes doigts. J’avais envie de ton petit crâne tout doux posé contre mon sein. J’avais envie de t’étreindre comme si c’était la dernière fois qu’on se touchait. Je tremblais à l’idée de ne pas te revoir demain. Je ne savais plus. Je ne savais plus si l’on se reverrait. Je me suis déshabillée à moitié, comme la plupart du temps, et je me suis jetée sur mon oreiller. J’ai attendu un instant. J’ai poussé un grand et long soupir. J’imaginais que tu m’avais suivie. Que tu avais poussé cette porte qui grince atrocement et que tu t’avançais vers ma chambre. J’imaginais que tu me retrouvais là, sur ce lit, et que tu te livrais à moi.

Livre-toi à moi. C’est drôle ce verbe. Se livrer. Je n’avais jamais fait le rapprochement avec le livre. Et à une lettre près, tu sais ce que ça nous donne évidemment : L.I.B.R.E
Oui ! quand je suis dans cette position je me sens libre ! Libre de me faire jouir, de m’abandonner à mon imagination la plus licencieuse qui soit ! Libre de penser à toi, à notre infini. Libre de me jeter sur les mots comme une assoiffée. Libre d’écrire tous mes propos, les plus justes, les plus morbides, les plus infidèles, les plus doux, les plus véloces, les plus sensuels… Libre d’écrire toutes ces lettres dans ma tête, libre de refaire le monde, libre de n’écouter que moi. À cet instant, je n’écoute que mon corps. Il est patient mais intrépide. Quand il est prêt, il me le fait savoir si ardemment qu’il est difficile de le contenir. J’ai donc posé ma main sur cette petite chatte douce et chaude, déjà bien chaude à vrai dire. Elle est comme un petit coussin. L’imagination l’avait déjà bien remuée, et la voilà qui minaudait. Je l’ai approchée délicatement, sans jamais la brusquer, mais elle savait où j’allais, la petite cochonne. Je me suis laissée porter par son flux, comme si je descendais une rivière calme, sur le dos, les yeux fermés.
Elle a demandé après tes doigts ; je lui ai offert les miens. Un à la fois. Ce n’est vraiment pas compliqué. Cela coulait de source. Au sens propre, comme au figuré. C’est un peu trop simple à écrire, mais c’est la vérité. La vérité est parfois si simple. Plus simple, plus éloquente qu’on ne le penserait.
Je les touche, cette petite bouche et ces lèvres gorgées de désir, et je les entraîne, comme demandé. J’ai envie que tu me lèches, mais tu n’es pas là. Je le fais pour toi. Après tout, mon autre bouche sert à ça. Mais c’est la tienne que je voulais. Oh mon amour, dis-moi que l’on se reverra. Dis-moi que dès demain, au petit matin, tu m’enverras valser sous les draps. Que tu me prendras comme tu le fais toujours, d’abord lentement, mais franchement, et que tu me murmureras à l’oreille que tu m’aimes… que tu m’aim… que tu m’…

Je suis toujours en train de me laisser porter par cette rivière et je vois l’embouchure. Une dernière image de toi, dans mon antre, ruisselante. Les spasmes au ventre. La crampe. Voilà que je me mets à pleurer. Deux filets de larmes chaudes sur le côté le long de mes joues. Qu’elles doivent être rouges à présent, comme tu les aimes ! Mes joues brûlantes. J’ai le cœur serré. J’ai joui, j’en pleure, mais je pleure de ne plus te revoir, de ne plus ressentir ces effets. Il ne faut pas que l’on se quitte. Il faut que l’on continue à trembler d’émoi, à trembler de peur, à s’agiter et à s’ébattre.

Je veux encore me laisser bercer par cette rivière qui me conduit vers un torrent d’émotions. Je veux continuer d’être libre à ressentir ces émotions, mais sans toi, sans ton image, sans les éprouver avec toi, c’est impossible.

Mon F., écris-moi. Dis-moi que l’on se reverra.

f.

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