Cher(ère) ,

Depuis quelques jours, je vous voyais joliment butiner de fleur en fleur dans mon jardin secret. Avant de repartir, comme vous étiez venue. Puis revenir, comme au premier jour, dans ce jardin arborant quelques couleurs complémentaires. Elles semblaient vous plaire. Vous vous êtes attardée une fois ou l’autre. Vous avez pris le temps de contempler ce jardin, ces orées inondés de lumière. Alors, je vous ai contemplée à mon tour : surprise, je vous ai surprise. J’ai regardé cette abeille qu’il me semblait que je reconnaissais. D’admirables petites rayures singulières commençaient à m’être familières.

Les abeilles ont leur routine. Une fois qu’elles ont trouvé l’endroit idéal, une place riche, saine et sans danger, elles s’affairent, sereines. Les voilà qui se mettent en scène, dessinant des schémas bien particuliers. « Venez, venez mes sœurs, ici nous serons bien pour honorer la reine. » Leur envol est majestueux, leur règne autoritaire, leur cycle régulier.

Abeille, tu as butiné, butiné et… Tu t’es envolée, une fois de plus, sous mon nez, mon regard attendri, emportant avec toi quelques milligrammes de pollen. Naturellement, ce pollen m’a conduite jusqu’à toi. J’ai découvert ta ruche. La curiosité a pris le pas. J’ai « fleurté » de fleur en fleur près de chez toi. Tu en avais de biens jolies comme je les aime. Je suis rentrée en pensant déjà au lendemain. Je rêvais de cette aubaine et de cette manne qui m’attendait au petit matin.

Le lendemain, je suis retournée au jardin. J’essaye de l’entretenir, de quotidien en quotidien. Ce jour-là, je ne t’ai plus revue. J’en ai croisé de nouvelles et d’autres que je connaissais aussi. Mais toi, tu avais bel et bien disparue. Comme dérobée, volatilisée. T’étais-tu trompée de chemin ? Avais-tu changé ta route en cours de route ?

Le jour d’après encore, curieuse, je suis allée jusqu’à toi. J’ai cru sentir un bourdonnement étrange, reconnaissable et pourtant méconnaissable, alors que c’était le tien. Il était hostile cette fois-ci. Plus de danse enivrante ni de vol subtilement décrit. Tu me décrivais une ronde agressive qui semblait vouloir dire « que fais-tu donc par ici ? »

Quelle mouche t’avait piquée ? Petite abeille, t’es-tu sentie brusquée, attaquée, offensée ? Mon jardin t’avait si bien accueillie la première fois lors de ton excursion en éclaireuse. Ô ma butineuse, de quel mal souffres-tu ? Ce jour-là, tu m’as effleurée, presque giflée d’un dard affiné, comme prête à te défendre d’un prédateur inattendu ou d’un hôte non désiré. Mais ce n’était que moi. Ne me reconnaissais-tu donc pas ? Je vis dans ce jardin d’alors où tu aimais venir t’approvisionner et te ressourcer.

Ce climat n’augure rien de bon. Tu t’en es allée. Silencieuse, insensible, délaissant mes pistils. Demain, à quoi ressembleront nos fruits ? Abeille schizophrène te voilà à présent inutile pour ces arbres et ces fleurs. Mais je suis sûre que tu as pu trouver plaisir et refuge ailleurs. Puisse-t-il en être ainsi.

Adieu la dérobeuse, adieu la bienvenue,
Sans même te voir passer, j’attendrai ta venue.

f.

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