caravage madeleine en extase
Marie-Madeleine en extase, Caravage, 1606

Il fait beau aujourd’hui. J’ai l’impression que je n’ai pas vu le soleil depuis des mois tant il a fait gris, froid et humide ces dernières semaines.

Cela fait plusieurs nuits que je dors mal, ou très peu. Mon sommeil est léger. Je m’endors vite mais je me réveille avec fugacité. À des heures indécentes où la nuit voudrait que je sois endormie, alors que je suis réveillée. Je dors si mal que ce matin avant l’aube, mon dos s’est coincé. Depuis le réveil, j’ai la nuque bloquée. Le port de tête devient très douloureux voire impossible après 15 minutes de mobilité. Il n’y a donc pas grand-chose à faire, je dois rester couchée.

Je suis allongée sur mon lit, presque immobile. La pièce est très lumineuse, cela m’aide à ne pas sombrer. Je vois bien à travers les fenêtres que le temps est radieux. Mais quel dommage de ne pas pouvoir en profiter. Alors, comme je ne peux rien faire d’autre que profiter de cette position allongée, j’en profite justement pour écouter des émissions de radio qu’en temps normal je n’ai pas le temps d’écouter. Finalement, je me dis que ça a du bon d’être paralysée, même si je souffre atrocement de cet inconfort qui ne m’arrive fort heureusement jamais.

Au fil de l’écoute, je ne peux pas m’empêcher de penser à lui, bien sûr. En marche ou en pause, mon cerveau s’arrête automatiquement sur lui. On dit des hommes qu’ils pensent au sexe toutes les 7 secondes. Pour ma part, je crois bien penser à lui autant de fois dans la journée. C’est inconscient, la plupart du temps, je ne le veux pas, mais il est présent. Il est là, mes pensées se dirigent vers lui.

Et quand je pense à lui, je pense à écrire, j’ai envie d’écrire. Pourtant aujourd’hui, je me dis que l’exercice va être compromis. Rester debout ou assise devant l’ordinateur, c’est peine perdue. Je me demande alors pourquoi j’ai un tel élan pour l’écriture quand il s’agit de lui ou lorsqu’il s’agit de nous. Je lui dis souvent regretter de ne pas avoir de place dans sa vie. Comme si je n’existais qu’à la manière d’un fantasme, comme si notre relation n’était rien d’autre qu’une vue de l’esprit, une lubie. Je lui en ai déjà parlé à maintes reprises. C’est une situation qui à la fois m’effraie et me ravit. Mais je pense qu’il m’a déjà répondu aussi. Je n’ai pas de place dans sa vie, en dehors de celle que j’occupe par intermittence, au travail ou dans un lit. Il ne peut pas me conjuguer à sa vie présente. Ce qui nous contraint de vivre dans cette « dimension parallèle », comme il me l’a déjà raconté. C’est certain, dès fois j’aurais envie de m’éclipser, j’aurais envie d’avoir la volonté de le laisser à sa vie réelle, à sa famille, à ses vrais amis, bref, à tous ceux avec qui il peut échanger et parler librement, j’aimerais qu’il se sente libre de tout mouvement. Le laisser vivre tout simplement. Par librement, j’entends en tout honneur, sans se sentir déloyal, comme il dit, sans qu’il ne se sente s’égarer dans la « clandestinité », pour reprendre encore l’un de ses mots.

C’est souvent de cette réflexion un peu lugubre que découlent dans mes textes les mots « poison », « fardeau », « épine », « poids », ou encore « barrière », aux côtés de « chimère », « rêve », « enfantillages », « libertinage ». Des mots qui, a priori, n’ont pas envie d’être lus ou entendus puisqu’ils n’évoquent guère autre chose que le remord ou le regret, la tristesse ou la nostalgie, la désillusion ou le désenchantement.

Néanmoins, il y a une chose positive qui ne m’échappe pas. Une zone lumineuse dans un sombre tableau. C’est là que l’art d’une manière générale et la littérature en particulier entrent en jeu, dans notre jeu. L’on pourrait observer notre relation à la manière d’un tableau de Caravage. Avec tous ces mots précités, le tableau que nous composons peut paraître glauque, macabre, sinistre. Mais le peintre qui joue avec le clair-obscur sait rendre son tableau puissant car il est d’une extrême densité ; il est aux yeux de celui qui le regarde ravagé, pour ne pas dire ravageur, destructeur, tout en étant empreint d’une finesse incroyable. En étant attentif, on assiste à une scène funeste mais belle et profondément humaine grâce à cet effet d’ombres et de lumière.

En dehors de la peinture, prenons l’écriture. Je me dis que si nous ne pouvons pas vraiment exister ensemble dans la réalité, mes écrits pourront témoigner de la réelle existence de ce que nous aurons été. C’est ce qui, je crois, me fascine quand j’écris, quand je fais appel à tous ces souvenirs qui m’ont depuis lors enrichie et que je tiens à conserver le plus longtemps possible. Le goût de l’écriture vient aussi de ces nombreux paradoxes qui chapeautent nos vies. Et j’ai l’intime conviction qu’il est libérateur de pouvoir mettre en lumière ces contradictions par un élan certain de créativité qui s’exprime par le biais de l’écriture. Après tout, si les mots sont beaux (comme dirait Faiza Guène, « c’est une chance d’avoir les mots »), l’expression écrite n’en est pas moins une implication personnelle et sentimentale qu’on ne devrait pas réfréner.

Je pense que c’est ce que j’aimerais répondre si l’on me demandait « Pourquoi écrivez-vous ? ». D’abord, je rectifierai en disant « pour qui ? », avant de me lancer à corps perdu dans une tirade effrénée. Ou peut-être qu’il n’en serait rien. Peut-être que je répondrais tout simplement « J’écris parce que j’aime, parce que mes sentiments coulent à flot ; j’écris parce que cela me permet de tracer ma vie, de la décomposer, de la reconstituer ; j’écris parce que j’ai rencontré des personnes qui m’y ont encouragée ; j’écris parce que j’ai compris que c’était aussi bien un désir qu’un besoin, et que par conséquent, c’était complémentaire à ma vie. »

f.

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