portoAoût 2017 – le lendemain, après la séance :
« Je suis incapable de te dire en toute objectivité et toute honnêteté si le film était bien. Était-il bien réalisé ? Sans doute. Original ? J’en doute. L’originalité, si l’on devait la définir, tiendrait plus dans la réalisation, la prise de vue, le cadre et les arrêts sur image que sur l’histoire (l’affiche l’a raconte déjà très bien). Un homme, une femme, des regards, des coïts, des embarras, des déceptions, des petites joies. Une histoire bien commune en somme.
Durée du film : une petite heure et quart. Amplement suffisant pour comprendre les personnages et s’imprégner de leur histoire. Comme je l’avais lu dans une critique, c’est bien, il ne faudrait pas que cela dure plus longtemps. »

Écrit juste avant la séance :
« Est-ce qu’aller voir ce film seule était tout aussi symbolique que son détachement par opposition à mon attachement ? Peut-être.

Avant de s’en aller, il m’avait pourtant offert un long et tendre baiser. Pas ce baiser langoureux et charnel qui vous prend au corps, mais le baiser qui en dit long parfois à la mesure de sa longueur et à l’image de son calme et de sa douceur. Le genre de baiser qui, lorsqu’il me les donnait dans l’ascenseur, pouvait parfois signifier « je suis désolé ». C’était le genre de baiser introspectif, plein d’affection dans le sens propre même du terme affect.
Je pouvais sentir qu’il était affecté. Affecté par ce que je lui disais, affecté par ma façon d’être qui change selon mon humeur et il n’y a rien de plus flagrant chez moi. Il n’y a pas d’échappatoire à mes états d’âme et mes sentiments. Ils sont malheureusement (trop) souvent exposés, au sus et à la vue de tous, comme on dit. Comme s’il m’était impossible de cacher un secret.

« On ne change pas, on se révèle », disait-il. C’est vrai. Il ne changera jamais. Moi non plus. Sauf ce soir où, en fin de compte, je ne l’ai pas attendu. Pourtant, je voulais voir ce film avec lui. Je pouvais pressentir que ce film nous parlerait car quelque part, il raconterait un peu notre histoire.

Mais encore une fois, comment lui en vouloir ? Chacun sa vie. Chacun ses obligations. Amis, femme, enfants, rendez-vous et autre déménagement. Je dois refouler mes caprices, car dans le fond, il ne s’agit que de cela. Peut-être qu’une fois partie, ces caprices et cette envie furieuse d’aimer et de liberté me passeront. »

Écrit juste après la séance :
« ‘un film qui raconterait un peu notre histoire‘, c’était tout à fait ça. Avec des divergences mais autant de coïncidences.
Ce film a défilé sous mes yeux comme j’ai vu défiler 1h16 de ma vie. « Je suis folle », « I’m crazy« . Ces phrases sont revenues à plusieurs reprises, comme le signe de la similitude de cette vie qui me parlait tant. Je la comprenais tellement, Mati. Cette femme qui dit être tombée malade « parce qu’elle était folle », mais que « ce n’était pas si simple à dire ».

Toi aussi tu me traites souvent de folle. Je me traite moi-même souvent de folle aussi. Lors de cette scène, je me suis mise à pleurer. Pas grand-chose, juste un hoquet de larmes, deux, de chaque côté. Tombées, d’une traite. Le reste a séché.

J’ai pensé : « S’il m’avait demandé « alors, c’était comment ? », je lui aurais répondu : « C’était comme nous. »

C’était la même façon de faire l’amour, les mêmes gestes au moment de s’embrasser, les mêmes façons de se regarder, avec pareille intensité, la même façon de célébrer le silence et l’écho, la même façon de se parler.

C’était la même façon de s’aimer. Jake disait que c’était comme s’ils n’avaient même pas eu le choix. C’était ainsi, c’est ce qui leur arrivait. « This is happening », c’était comme ça. C’était la vie.

C’étaient nous, avec le même désir, les mêmes peurs, les mêmes sourires, les mêmes envies.

C’étaient nous mais dans une autre ville, dans des circonstances différentes, à la croisée de coïncidences différentes, mais une relation naissant sur des coïncidences et des regards croisés.

Sans un mot, sans un son, ils se sont trouvés, ils se sont aimés sur-le-champ.

À la sortie, je marchais les yeux dans le vide, sans regarder personne. Pourtant, je sais qu’il y avait beaucoup de monde dans les rues.

Je m’efforçais de me répéter que le film ne m’avait pas plu, que je n’y avais trouvé aucun intérêt. Je ne voulais pas que mon mari s’aperçoive que ce film m’avait affectée ni pourquoi il m’avait affectée.

Je venais d’assister à une séance de voyeurisme. C’était comme si je nous avais vus faire l’amour, c’était comme si je m’étais observée dans un miroir, et que je me regardais te sourire, les yeux plongés dans ton regard, ce regard dont je ne peux me détacher.

Je me disais aussi que je ne pouvais pas m’arrêter de t’aimer. Comme pour Jake et Mati, ça m’est tombé dessus. « Fuck the rules« , comme ils disent.

Je me disais aussi que je ne pouvais pas m’arrêter de t’écrire. Si je ne t’écris plus, peut-être que c’est ainsi que nous n’existerons plus.

Mais quand te reverrai-je ? Quand pourrai-je à nouveau sentir ta peau contre la mienne ? la douceur de tes mains et de tes baisers dans mon cou, la chaleur de ta tendresse et de tes gestes, sur mon corps, partout, la puissance de ton sexe à la hauteur de ton désir, le sentiment quand tu me prends qu’il n’y a que nous sur Terre ?

Tu me manques. »

f.

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